25 mars 2019

La mort de Christian Lafenêtre, ancien conseiller municipal de Louviers, nous rend très triste

Christian Lafenêtre en 1977. ©JCH
La mort de Christian Lafenêtre, à l’âge de 77 ans, nous rend triste. Très triste. Christian, au delà des responsabilités éminentes qu’il remplit avec compétence et sérieux au sein  du groupe La Poste pendant toute sa vie, fut le symbole même de l’homme au courage moral et aux convictions inébranlables. Chacun se souvient de sa bonhomie, de son goût pour la blague mi-chou mi-chèvre, de ses élans tempétueux lors des mémorables campagnes électorales municipales des années soixante dix et quatre-vingt. Pendant toutes ces années, il accompagna le Dr Ernest Martin, maire de 1965 à 1969 puis adjoint d’Henri Fromentin, de 1976 à 1983.
Christian était un pilier du CAG (Comité d’action de gauche) où il étalait sans modération son talent pour la polémique, la défense de ses idées « anar » (et sans violence) son aversion pour les partis politiques — fussent ils de gauche — dans lesquels il voyait toujours la voie de la trahison. Son rôle dans les campagnes électorales fut essentiel pour analyser les documents budgétaires et financiers. Et aussi pour préparer les budgets de l’exécutif local à une époque où la tutelle préfectorale ne laissait rien passer contraignant les communes à présenter des propositions sincères et véritables.
Christian, et c’était sans doute dû à son attachement originel à la Poste, était un ardent défenseur du service public. A louviers on était servi puisque la politique municipale reposait justement sur le développement de ces services au bénéfice des plus jeunes mais également des travailleurs que la mairie aida en maintes occasions et notamment en mai 1968 ou lors de conflits sociaux plus tard chez Wonder par exemple.
J’ai le souvenir qu’en 1976, pendant l’été, il fallut compléter le conseil municipal d’un siège pour pouvoir élire le maire. Au sein du CAG, deux candidats postulèrent : Patrice Yung, qui fit le chemin que l’on sait, et Christian Lafenêtre. Battu par la majorité des militants malgré de très bons arguments techniques et surtout politiques, Christian n’en continua pas moins à agir et à devenir conseiller municipal lors des élections générales de 1977. Pendant les six ans du mandat de la municipalité dite « autogestionnaire », Christian Lafenêtre soutint sans relâche les choix du maire, Henri Fromentin, et des adjoints dont Ernest Martin. Bienveillant, attentif à la situation financière de la ville, ses conseils avisés furent souvent suivis. 
Sur le plan privé, il était ce qu’on appelle un bon père de famille, aimant et indulgent. Il mettait en pratique ce que Courbet nous avait enseigné : « Les enfants n’appartiennent à personne. Ils n’appartiennent qu’à leur future liberté. »
Les obsèques de notre ami et camarade Christian auront lieu le jeudi 28 mars à 14 heures à l’église Notre Dame de Louviers. J’invite ses amis du CAG et ceux qui l’ont apprécié à y saluer une dernière fois celui qui avait érigé en dogme un mot d’ordre aussi charnel que provocateur (1) que la bienséance m’interdit de reproduire ici. Et tout le monde éclatait de rire !
(1) Mot d’ordre reproduit dans le livre d’Hélène Hatzfeld : « La politique à la ville, inventions citoyennes à Louviers (1965-1983). Editions Presses universitaires de Rennes.

Fausses nouvelles et « vérités alternatives » risquent de polluer la campagne électorale des Européennes


Ariane Chemin, du « Monde » en passeuse passionnée de savoirs. ©JCH
Le débat organisé à Val-de-Reuil après le forum sur l’éducation et la formation aux médias a, une fois de plus, tourné autour des gilets jaunes et de leur propension à rejeter journaux et journalistes à l’image des Français qui, de plus en plus, font de moins confiance à la presse écrite ou autre. Il est vrai que les jeunes, notamment, utilisent leurs réseaux facebook ou leurs applications personnelles pour savoir ce qu’il se passe en France et dans le monde. Mais les informations qu’ils lisent sont souvent biaisées par les affinités ou préférences des groupes qui les composent. Si on s’attend à lire ce qu’on attend de lire, on ne risque pas d’être confronté à des contradictions, des incohérences ou pire, des fausses nouvelles ou des thèses complotistes sans être capables de les remettre en cause.

L’éducation aux médias — et on peut faire confiance aux enseignants du service public pour cela — passe par un accès aux divers canaux d’informations et un pluralisme de titres et d’opinions. Il faut, par exemple, lire « Le Monde » et « le Figaro », un journal de centre-gauche et un journal de droite pour prendre connaissance de commentaires sur des faits qui devraient être incontestables dans leur réalité. C’est là que le bât blesse. Car l’invention des vérités alternatives met à mal la vérité des faits, base indispensable à une discussion contradictoire cohérente. Voilà pourquoi un grand nombre de journaux et de chaînes, au delà des sites spécialisés, ont créé des services de décodage et de vérification permettant de corriger les erreurs involontaires ou les affirmations mensongères de la part des politiques, notamment, ou des « intellectuels » engagés à droite…ou à gauche. Trump, Bolsonaro, Poutine, Orban, Marine Le Pen, et tant d’autres, sont des spécialistes des vérités alternatives. Dans leur bouche, elles ne sont rien d’autres que des opinions et des élucubrations idéologiques, visant à convaincre les auditeurs les plus influençables les moins éduqués. Il va de soi que plus vous êtes cultivés, plus vous possédez de savoirs, plus vos connaissances sont larges, moins vous aurez de chances de croire le premier bobard énoncé comme une vérité.

Chez les gilets jaunes, pour revenir à eux, le célèbre Maxime Nicolle est une caricature d’émetteur de fausses nouvelles. Il n’y a pas si longtemps, il a relayé des doutes sur l’attentat de Strasbourg (!) des contre-vérités sur le pacte de Marrakech tandis que le RN (ex-FN) divaguait sur le siège permanent de la France au conseil dé sécurité de l’ONU.

A la veille de la campagne électorale européenne, la vigilance s’impose. J’ai souvenir du débat d’entre deux tours de la présidentielle au cours duquel la candidate du FN avait perdu les pédales et raconté n’importe quoi sur bien des sujets. A l’époque elle voulait sortir de l’Euro et de l’union européenne ! Elle soutenait ardemment le Brexit ! Face aux énormes difficultés que rencontre Theresa May, on ne l’entend plus. Elle préfère faire coller des affiches sur « l’immigration massive », la tarte à la crème de l’extrême droite depuis que son père a inventé la recette. Sans oublier les interventions des Russes et des algorithmes américains…alors prudence.
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24 mars 2019

Plus d'un million de remainers (anti-Brexit) dans les rues de Londres pour un nouveau référendum


Et si Nelson manifestait lui aussi…©GH
Hier à Londres, une manifestation gigantesque s’est déroulée avec un seul thème : On veut revoter ! On veut un second référendum ». Plus d’un million de citoyens britanniques ont battu le pavé pour signifier à Theresa May, la première ministre, qu’ils n’étaient pas d’accord avec le projet élaboré pendant de longs et pénibles mois avec l’Union européenne. Cet accord, d’ailleurs rejeté à deux reprises par la chambre des Communes, est le seul susceptible de permettre une sortie ordonnée de la Grande-Bretagne de l’Union européenne. Mais les remainers (maintien dans l’Union) ne l’entendent pas de cette oreille.

Un sondage récent indique que 56 % des Britanniques (de 54 à 58 %) selon la marge d’erreur veulent rester dans l’Union européenne. Nombre d’entre eux insistent sur le fait que la campagne de 2016 a été mensongère (Farage et Johnson les ont trompés) et que par conséquent les résultats du vote ont été faussés. J’ai toujours dit et écrit que le référendum portait en lui une réponse trop simpliste pour être honnête. La démocratie directe engageant un pays entier et par voie de conséquence une Union entière ne peut satisfaire une pédagogie complexe, lente à expliquer, que la démocratie représentative remplit tant bien que mal. Et mieux en tout cas qu'une réponse par Oui ou par Non.

La date de sortie est fixée au 12 avril. Comment en un laps de temps aussi court, Theresa May va-t-elle pouvoir se sortir du pétrin dans lequel elle a plongé le pays. La pétition mise en ligne sur le site du Parlement britannique a recueilli en quelques jours plusieurs millions de signatures. Les signataires veulent un nouveau vote et bien malin qui connait le sort réservé aux Britanniques dont la monnaie, la Livre, a chuté depuis des mois et dont l’économie s’essouffle avant peut-être de collapser.
 J’ai la chance d’avoir un membre de famille domicilié à Londres. Il a suivi avec attention la manifestation d’hier et m’a fait parvenir quelques clichés dont je le remercie. 

https://www.bbc.co.uk/news/uk-politics-47678763
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23 mars 2019

Quelques réflexions au débotté : Trump le goujat, la fondation Vuitton, Le Manoir de Bigards, la clause de conscience des journalistes, l'armée et les gilets jaunes

Donald Trump est un goujat
A Gauche Mac Cain, à droite Trump…
Donald Trump a encore trouvé le moyen de jouer les mal élevés. Devant un aréopage de militaires de tous grades, il s’est livré à une nouvelle charge contre le sénateur Mac Cain, décédé d’un cancer il y a sept mois. Le sénateur est de ceux qui ont refusé d’annuler l’Obamacare, l’assurance santé obligatoire aux Etats-Unis qui permet aux plus démunis d’être soignés.
Trump a fait un flop. En affirmant que Mac Cain n’était pas le genre de gars qu’il apprécie, ses remarques ont entraîné un silence…de mort parmi les personnes présentes devant la scène où le fantasque Trump se produisait. Faut-il rappeler que le sénateur Mac Cain, dans une autre vie, a été prisonnier (6 ans) des Vietnamiens du Nord pendant une guerre qui a duré tant d’années et causé la mort de centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants. Quant à Trump, on sait qu’il a usé de tous les subterfuges pour éviter de partir au Vietnam, les dossiers le compromettant étant d’ailleurs cachés dans un coffre-fort inaccessible.

…et de Manet.©JCH
La fondation Vuitton : courez-y !
La fondation Vuitton, à Paris, expose la collection Courtault. Elisabeth Courtault et son mari, de descendance française (grands industriels du textile) ont constitué, de 1920 à 1929, une collection exceptionnelle de plusieurs dizaines de toiles signées des plus grands maîtres de l’impressionnisme et du post-impressionnisme. Qu’on en juge : Manet, Monet, Renoir, Cézanne, Picasso, Gauguin, Van Gogh, Modigliani, Seurat, Vuillard, Bonnard, Degas, tous présents sur les cimaises de la Fondation.
Déambuler dans les salles du musée fut une joie et une chance uniques. Le tout Paris de la presse mais pas seulement, a eu le plaisir, mardi soir, de découvrir des originaux qu’on est plus habitué à admirer dans les catalogues spécialisés ou les ouvrages d’art.

Le Manoir de Bigards deviendra un hôtel-restaurant
Le Manoir de Bigards de Louviers, ai-je écrit il y a quelques temps, est sauvé. On en sait plus aujourd’hui puisque le maire a rendu public un projet subventionné par l’Etat qui devrait permettre de transformer ce bel immeuble collectif de la rue du quai à Louviers en hôtel, restaurant, et demeure d’un certain niveau d’exigence. Des activités culturelles — c’est sa destination depuis longtemps — devraient également offrir un nouveau lieu de fréquentation non loin de la Médiathèque, des cinémas et du Musée. Les enfants de la ville ont été des milliers à fréquenter les ateliers d’expression libres qu’animaient Olivier Gramond, Yves Martin, Simone Etienne…dans des salles du fameux Manoir.

Ariane Chemin en discussion avec un jeune « critique »
La Clause de conscience
Lors du débat organisé à Val-de-Reuil sur la formation à la lecture de la presse, j’ai omis de mentionner, à l’attention des jeunes qui voudraient se lancer dans ce métier merveilleux, que la profession de journaliste est la seule (avec les médecins dans certaines situations mais il s’agit d’un « ordre ») dont la convention collective prévoit l’application d’une clause de conscience en cas de modification de la ligne éditoriale ou de changement dans le capital de l’entreprise. Les journalistes s’estimant en droit de ne plus travailler pour tel ou tel patron touchent des indemnités comme s’il s’agissait d’un licenciement ordinaire. S’agit-il d’un privilège ? Je ne le crois pas dans la mesure où les hommes et femmes de plume doivent savoir quelle ligne éditoriale leur direction leur propose…ou veut leur imposer.

Les gilets jaunes à Rouen.©Jean-Charles Houel
L'armée à la caserne !
L’utilisation des forces armées, dans le cadre du maintien de l’ordre, ne peut être justifiée qu’en cas d’état d’extrême urgence ou de menaces graves sur l’état républicain. Il est dangereux voire risqué, de solliciter des militaires pour protéger des bâtiments publics. Les gilets jaunes, même violents, même casseurs et pilleurs, ne sont pas des terroristes. Que les policiers et gendarmes protègent les personnes et les biens, c’est normal dans un état de droit. Que le gouvernement ait souhaité pendant 19 semaines qu’il y ait le moins de morts et de blessés possibles, c’est admissible. Il suffisait de passer sur les Champs élysées cette semaine pour constater les dommages énormes causés aux vitrines, commerces, magasins… le tout coûtant aux assurances et à l’état (et aux villes) près de 200 millions d’euros sans compter les indemnisations pour chômage partiel et l’absence de chiffres d’affaires. On ne sait plus très bien, aujourd’hui, pourquoi les gilets jaunes descendent dans la rue. 40 000 manifestants ne font pas un peuple. Et 1500 black blocks non plus. Les Français, dans leur grande majorité, disent Stop. Il faut donc négocier et trouver des compromis. Sans organisation structurée, sans leaders incontestés, avec certains d’entre eux sur les listes de Le Pen ou Dupont-Aignan, ce ne sera ni simple, ni facile.



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22 mars 2019

Les journalistes professionnel(le)s ne travaillent pas tous pour des canards boiteux !


Ariane Chemin et Elise Karlin.©JCH
« Gonflé ». Il faut être gonflé pour organiser « un forum d’éducation aux médias et à l’information » alors qu’un grand chamboulement dans le paysage de l’information s’opère avec les fausses nouvelles, les théories complotistes, les gilets jaunes négationnistes, sans oublier la folie des réseaux sociaux tous plus anonymes les uns que les autres. Heureusement, il existe des journalistes, hommes et femmes, capables de défendre une profession qui ne mérite ni opprobre ni pléthore de compliments, des hommes et des femmes passionnés, curieux, heureux d’écrire l’histoire au jour le jour. Nous les avons rencontrés.

Hier soir, à Val-de-Reuil, l’âme de Jesse Owens planait au-dessus des têtes. L’homme à qui Hitler refusa de serrer la main lors des JO de 1936, a donné son nom à la salle chargée d’accueillir un public jeune et citoyen venu en nombre pour entendre les explications d’orateurs avertis issus de « la soi-disant mauvaise presse. » Des journalistes (un comble) toujours en action à la radio, à la télé ou dans la presse d’information généraliste. Marc-Antoine Jamet, maire de la jeune cité, et Jean-Marie Le Chanony, IDEN pour la circonscription scolaire Louviers-Val-de-Reuil, sont à l’origine de l’organisation du forum du jour. Il est sain, il est roboratif de constater que des élus et des fonctionnaires de l’éducation nationale s’inquiètent de la manière dont leurs « enfants » lisent les médias (quand ils les lisent) ou s’informent (quand ils s’informent).

Un sondage paru dans « La Croix » démontre le peu de goût des jeunes pour la presse écrite quotidienne ou magazine. Un tweet, un profil facebook, un SMS, ici et là, vaudraient tout l’or du monde. Bien pratiques tous ces outils mais pour savoir quoi,  pour apprendre quoi ? Un gloubi boulga informe et sans saveur, voilà ce que nous réservent (le plus souvent) les réseaux sociaux.

Ivan Levaï aime Mme de Sévigné et Françoise Giroud.
Une information, comme dirait Ivan Levaï, ce n’est pas de la communication. Elle doit être la relation d’un fait (réel) narré, commenté, hiérarchisé dans la masse globale des événements locaux, nationaux ou mondiaux. C’est cela le travail d’un journaliste. Un homme ou femme qui signe ses articles, les revendique, les justifie selon des critères simples : un regard honnête et subjectif sur le monde qui nous entoure. Ariane Chemin, grand reporter au Monde, Elise Karlin, grand reporter à l’Express, sont de ce monde-là. Comme Stéphane Albouy, directeur de la rédaction du Parisien Libéré (un quotidien qui a bien évolué et gagne à être lu) ou Guillaume Lejeune, directeur départemental du quotidien Paris-Normandie.

Les mots de la fin pour MAJ.©JCH
Toutes et tous, à leur façon, selon leur support, mènent une bataille perpétuelle contre le vieillissement — et la raréfaction — du lectorat, l’indifférence au sort d’autrui, pour la vérité des faits, surtout ceux qu’on essaie de taire ou de cacher au public.  Alors, à quoi servent encore les journalistes (1) ? A cette question je réponds : sans Ariane Chemin, pas d’affaire Benalla. Sans le Canard enchaîné, pas d’affaire Fillon. Sans Médiapart, pas d’affaire Cahuzac. Sans une presse libre et indépendante du pouvoir politique (elle l’est !) il n’est pas de journaux crédibles ni d’aide à la compréhension du monde qui nous entoure.

Une femme, porteuse d’un gilet jaune, n’a rien voulu entendre. Venue clamer sa « haine » des journalistes « qui mentent et qui donc nous cachent la vérité », elle est la porte-parole d’un collectif plus large, plus radicalisé, plus violent, semaine après semaine. Étonnez-vous que des journalistes soient frappés, pourchassés, comme de vulgaires sorciers qu’à une autre époque, on brûlait sur le bûcher. Ne sont-ils pas les porteurs de mauvaises nouvelles, les messagers inquiétants, les contre-pouvoirs des institutions, les corps intermédiaires indispensables au bon fonctionnement d’une vraie démocratie ?

Les journalistes sont-ils pour autant, exempts de tout reproche, de toute critique. Bien sûr que non. D’ailleurs, ils balaient devant leur porte. Nombreux sont les sites de décodeurs, de fact Checking (vérification des faits) bien utiles pour mesurer la crédibilité d’une Le Pen ou d’un Dupont-Aignan, tous deux habitués aux mensonges ou à la dissimulation. Et l’avenir ? Bien sombre pour Elise Karlin. Elle prévoit la disparition de la presse papier magazine, un mouvement déjà enclenché aux États-Unis souvent précurseur en matière d’actualité. D’ailleurs, le site Médiapart fournit une bonne photographie du futur : un site payant, animé par une rédaction talentueuse passionnée par l’investigation, fière de livrer au public des faits d’intérêt général aptes à mieux faire comprendre les contradictions sociétales en France et ailleurs.
Dominique Jamet. ©JCH

En digne père d’un fils brillant, Dominique Jamet avait évidemment son mot à dire. Il aurait été dommage de ne pas entendre l’opinion d’un homme qui ne manque ni de courage moral, ni de talent oratoire. Né en 1936, Dominique Jamet a été de bien des aventures de presse. Son passage auprès de Philippe Tesson, au sein du Quotidien de Paris, a sans aucun doute contribué à faire de lui un débatteur redoutable, un « causeur » craint et respecté. Lui aussi a des craintes pour l’existence des journaux généralistes. Depuis cinquante ans, tant de titres ont disparu ! Marc-Antoine eut le mot de la fin. Ou plutôt les mots tant il aime la musicalité des adjectifs et sait décrire la qualité des relations singulières qu’il entretient, tantôt pour la société qui l’emploie, tantôt pour les idées qu’il défend.

(1) C'était le thème de la conférence-débat. Un titre provocateur, certes. Il porte en lui les dangers qui menacent une presse libre de tous les pouvoirs.


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21 mars 2019

A quoi servent encore les journalistes ? Débat ce soir à Val-de-Reuil à partir de 18 heures au stade Jesse Owens


En 1977 les journalistes de Paris-Normandie en lutte contre Robert Hersant.
Ce soir, jeudi, à partir de 18 heures, au stade Jesse Owens de Val-de-Reuil, les habitants de la région sont conviés à assister et participer à un débat ayant pour thème « A quoi servent encore les journalistes ? »Avec la présence de Stéphane Albouy, directeur de la rédaction du Parisien-Aujourd’hui en France, Ariane Chemin, journaliste politique au Monde, Elise Karlin, journaliste à l’Express et Guillaume Lejeune, directeur départemental de « Paris-Normandie », le public est assuré de se trouver face à des professionnels aguerris et compétents.

L’invitation fait état d’une situation difficile pour la presse écrite qui n’est, bien sûr, qu’une forme de presse. D’une manière plus générale quelles réponses faut-il apporter face au défi du numérique ? La presse papier est-elle condamnée ? Nouveaux supports, nouvelles technologies, quel avenir pour les médias traditionnels ? Réseaux sociaux, groupes de pression, fausses nouvelles, comment s’assurer de la fiabilité d’une information ?

Ce débat se déroule dans le cadre du premier forum de l’éducation aux médias et à l’information de Val-de-Reuil organisé à l’initiative de Marc-Antoine Jamet, maire de la ville et Jean-Mary Le Chanony, inspecteur de l’Education nationale pour la circonscription de Louviers-Val-de-Reuil. Cette soirée sera animée par le club de la presse de Normandie.
Venez nombreux.

15 mars 2019

Marine Le Pen : suffisante autant qu'insuffisante (1)


Le prix de la baguette de pain. Le prix du ticket de métro. Le montant du SMIC horaire ou mensuel net. Tout candidat à une élection, surtout au niveau national, se doit de connaître ces « détails » par cœur. Jean-Jacques Bourdin, sur RMC, se régale quand il interroge ces élus ignares ou ignorants des choses de la vie. Hier soir, Marine Le Pen — chacun se souvient des limites qu’elle mit au jour lors du débat de second tour de l’élection présidentielle — s’est à nouveau plantée magistralement en comparant les niveaux de SMIC européens. En voulant tacler Emmanuel Macron, favorable à un SMIC généralisé mais conforme aux standards de chaque pays de l’Union européenne, la responsable du Rassemblement national a avancé un SMIC français à « 36 euros » sans qu’on sache s’il s’agit d’un taux horaire brut ou net, alors même que ces 36 euros représentent le coût horaire de la main d’œuvre en France et que le SMIC est à 1201 euros net mensuel en janvier 2019. Moquée de toutes parts, Marine Le Pen a tenté de corriger le tir ce matin en tweetant les taux horaires des SMIC en Europe et en affirmant que la convergence vers un SMIC uniforme en Europe n’était pas pour demain. Jamais personne de sensé n’a avancé une telle hypothèse. Emmanuel Macron non plus !

En confondant l’ECU et l’Euro, Marine Le Pen s’était fourvoyée lors du débat. Sur plusieurs dossiers brûlants, Emmanuel Macron avait eu beau jeu de détailler des éléments explicatifs clairs et pédagogiques. On sent que Mme Le Pen ne maîtrise pas les dossiers un peu techniques, elle éprouve des difficultés pour mémoriser ou se lancer dans l’abstraction. Elle manque de Background, ce qui prouve que faire de la politique nécessite une bonne culture générale et qu’une licence en droit ne suffit pas pour assurer une gymnastique intellectuelle propre à intervenir promptement avec précision.

La campagne d’affichage lancée par le Rassemblement national « Marine Le Pen dit la vérité » est une campagne de rétropédalage visant à corriger ou interpréter des propos fumeux ou mensongers tenus sur les antennes des radios ou des plateaux télé. Le métier de politique est un métier ardu. Il y faut un esprit clair, des convictions affirmées, des opinions stables. Que Marine Le Pen encense l’Euro aujourd’hui après l’avoir stipendié à longueur de meetings montre bien les approximations, les opinions sondagières dont elle témoigne. C’est bien pourquoi une candidate comme celle-ci gonfle ses scores au premier tour sans pouvoir concrétiser au second. Comment pourrait-elle rassembler (excepté Dupont-Aignan) et obtenir une majorité absolue des suffrages alors que son apprentissage n’est pas terminé et que ses insuffisances sont criantes.

(1) François Mitterrand, auteur de cette formule appliquée à l'un de ses adversaires politiques, savait être cruel.
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14 mars 2019

François Ruffin dans C à vous : la dureté de son discours cache une fragilité empathique

François Ruffin (capture d'écran)
J’ai dit assez de mal de François Ruffin sur ce blog pour oser corriger le tir. Invité, hier soir, de l’émission C à vous, le député de la France insoumise, élu de la Somme, venait présenter son dernier livre et le film qu’il a réalisé avec le concours de gilets jaunes triés sur le volet, symboles d’une France invisible car oubliée. J'ai suivi sa prestation avec attention.

Certes, François Ruffin demeure le débatteur iconoclaste peu sensible aux règles conventionnelles comme dirait Pierre Lescure. Qu’il siège à l’Assemblée nationale, tende le micro aux personnes qu’il rencontre, réponde aux questions des journalistes de France 5, l’adversaire farouche d’Emmanuel Macron, demeure un orateur insatiable et impitoyable. Se revendiquant d’une gauche anticapitaliste, amateur de la lutte des classes et des rapports de force, acceptant des doutes, une fragilité et une sensibilité à fleur de peau, François Ruffin est apparu terriblement humain et  solidaire. Si l’on peut parler de mépris de classe de la part de certains à l’égard des gilets jaunes, on peut sans se tromper évoquer le mépris qu’éprouve François Ruffin à l’égard d’Emmanuel Macron dont la seule qualité serait, selon lui, « l’art de la séduction. » C’est déjà cela mais c’est peu.

François Ruffin revendique une œuvre, un statut d’artiste, avec films et livres au bilan, un amour immodéré des gens faibles, des modestes, des gens qu’on ne reconnaît pas, dont l’amour propre est sans cesse agressé et il n’omet pas de souligner que lui, François Ruffin, a déjà songé à quitter volontairement notre monde, quand le sens qu’il y donne, penche vers l’absurde absolu ou l’irrespect total des personnes…« J'avais le sentiment d'être une merde » avoue-t-il. Il y a chez lui de la sincérité, une clarté intellectuelle et militante, une forme de sectarisme, sans doute, qui lui permet de demeurer installé fermement sur ses valeurs et ses principes de vie.

Ruffin ne sait pas (ne veut pas ?) cultiver pas l’art du compromis. Il fonce, les yeux grands ouverts contre un monde qu’il juge injuste, inégalitaire, brutal. Il ne reconnaît aucune qualité intellectuelle à Emmanuel Macron qui serait, au fil du temps, passé de l’école de la Providence d’Amiens à l’ENA et à l’Elysée par des portes dérobées. Sur ce point, François Ruffin devrait être économe de son mépris. On ne devient pas Président de la République sans un minimum de background, comme disait Philippe Pontet, ancien député de l’Eure. Directeur d’un journal — Fakir — pendant 20 ans, François Ruffin demeure un journaliste curieux, talentueux, attaché à un territoire et à ses habitants. Il se désole de déplorer la fermeture des services publics et celle des usines. Il reconnaît ne pas avoir la stature d’un Président de la République et quand on évoque devant lui le Brexit, il souhaite des solutions équilibrées car « il n’est pas un spécialiste de la politique étrangère. »

Finalement, Ruffin est un être torturé, tout le temps dans l’empathie. Il sait faire pleurer les dames ce qui démontre un charme certain et une volonté de ne pas blesser. Du moins ceux et celles qu’il préfère. Les autres ? Il ne veut même pas les connaître.
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11 mars 2019

Les gilets jaunes sont-ils victimes d'un mépris de classe ?

3000 manifestants dans le centre-ville de Rouen. ©Jean-Charles Houel
Je lis de nombreux textes, dont certains émanent d’éminents sociologues ou philosophes, mettant en évidence le « mépris de classe » dont seraient victimes les gilets jaunes. Pour justifier cette affirmation, ces intellectuels — aucun reproche dans ce mot — s’appuient sur des mouvements historiques anciens ou récents émanant du « peuple », toujours combattus avec férocité par des écrivains, des journalistes, des politiques aussi, convaincus qu’une forme d’analphabétisme rend incapables les protestataires d’accéder à la complexité du monde.

Il est évidemment facile de s’appuyer sur les actes et excès violents de certains gilets jaunes plus prompts à cogner du flic qu’à s’accorder sur des revendications claires et solides. Il n’empêche qu’après réflexion, je me demande si « le mépris » que certains constatent (voir l’attitude d’Emmanuel Macron en diverses circonstances) ne sert pas à discréditer un mouvement dans son ensemble alors même qu’il est une mosaïque pas facilement lisible.

Dans la rue du Gros Horloge à Rouen. ©Jean-Charles Houel
Qu’il y ait chez les gilets jaunes des ultras, à droite surtout, à gauche aussi, des xénophobes, des homophobes, des racistes, des antisémites, ne fait aucun doute. Les quenelles à la Dieudonné, les tags et graffitis, sont là pour le prouver. Faut-il pour autant amalgamer les femmes seules avec enfants, les retraités aux pensions minables, les artisans aux régimes de retraite inéquitables ? Faut-il pour autant nier la solidarité créée autour des ronds-points, le soutien aux mutilés des LBD, ce mouvement qui, depuis le 17 novembre dernier, a connu des hauts et maintenant des bas ? Le gouvernement ne pourra, lors de la synthèse issue des propositions du grand débat, laisser de côté l’aspiration à la justice fiscale, à la nécessité de tenir compte de l’inflation pour revaloriser retraites et salaires, de veiller à ce que les plus favorisés n’échappent plus à l’impôt comme ils le font frauduleusement ou avec l’optimisation fiscale.

Pour autant, le saccage du temple du Grand Orient de France (temple de la franc-maçonnerie locale) à Tarbes, montre bien que la société française conserve la mémoire des jours terribles. Même si je n’échappe pas au point Godwin (1) je ne peux m’empêcher de penser au régime de Pétain qui interdisait : socialisme, syndicalisme ouvrier, communisme, franc-maçonnerie, stipendiait les homosexuels, bannissait les juifs, en chantre du vieux Maurras.

Il est remarquable qu’il ait fallu le mouvement des gilets jaunes pour que des haines recuites autorisent François Ruffin à écrire, s’agissant d’Emmanuel Macron : «Votre tête ? Les visages sont marqués, normalement on y devine la trace de la souffrance. Mais vous, non, c’est sans cernes : vous transpirez l’assurance. Vous exhalez une classe. Vous portez en vous une suffisance. Ce rejet physique, nous sommes des millions à l’éprouver». Le directeur de la publication de fakir n’y va pas avec le dos de la cuiller. Il cogne et ça fait mal.
Jean-Marie Le Pen, en 1956, n’écrivait-il pas, parlant de Pierre Mendès France : "Vous n’ignorez pas que vous cristallisez sur votre personnage un certain nombre de répulsions patriotiques et presque physiques ». Ainsi la boucle serait bouclée. Les adversaires politiques seraient transformés en objets auxquels on ne reconnaîtrait plus le caractère personnel immuable de chacun mais dans lesquels on ne verrait que rejet individuel et attaques personnelles sans autre argument que les cernes sous les yeux ou la taille des oreilles. C’est minable.

Je n’irai pas, comme l’a écrit Edwy Plenel, directeur du site d’informations Mediapart à écrire que le mouvement des gilets jaunes c’est « la victoire des vaincus ». Pour cela, il faudrait des résultats matériels tangibles. C’est en tout cas, à défaut de victoire, une revanche sur des élites souvent sourdes et aveugles, souvent étrangères au monde réel du quotidien. Si, dans quelques semaines ou quelques mois, le regard porté sur ceux qu’on « méprise » se modifie en un certain respect, les actes 17, 18 ou 19 ne seraient pas inutiles.

(1) Godwin donne un point à chaque fois qu'une discussion ou un argument aboutit à une référence à la seconde guerre mondiale.


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10 mars 2019

Le Manoir de Bigards ne sera pas vendu au privé. Stéphane Bern ne serait-il qu'un Belphégor ? Delphine Butelet fait le power-point sur le patrimoine de l'agglo Seine-Eure


Mme Butelet au premier rang près de Jean-Pierre Duvéré. ©Jean-Charles Houel
Après l’assemblée générale de la SED (Société d’études diverses de Louviers et sa région) démontrant une activité conférencière élevée autant qu’une gestion financière saine en présence d’une centaine de membres heureux de la vitalité de leur association, une place de choix était réservée à une mini-introduction du président Binay et une présentation colossale du patrimoine de la CASE par Delphine Butelet, attachée du dit patrimoine à l’agglomération.

Tenant compte de la situation financière positive de l’association, Jean-Pierre Binay explique que les statuts de l’association lui permettent de mettre la main au portefeuille pour aider le Musée, par exemple, à acquérir des objets de toute nature liés à Louviers ou sa région. Ainsi, une toile marouflée représentant Germain Petit et ses fils, Germain et Guillaume (futur négociant et maire de Louviers) va-t-elle entrer dans le patrimoine muséal en partie grâce à la SED après que Michel Natier, directeur conservateur du musée a obtenu l’accord de la famille Petit sur un prix d’acquisition définitif.

Le patrimoine, naturel, environnemental, monumental, aussi bien privé que public, aussi bien religieux que laïque, est d’une densité et d’une diversité exceptionnelle dans l’agglomération Seine-Eure. Falaises crayeuses, vallées de Seine ou de l’Eure, châteaux, manoirs, églises, mairies, écoles, industries, murs, moulins…composent une « collection » de près d’un millier d’éléments remarquables, soit classés, soit inscrits, soit rien du tout, malgré des qualités évidentes pour qui sait attarder son regard sur les belles choses.

Delphine Butelet possède son sujet sur le bout de ses notes. Bernard Leroy la présente comme une personne passionnée, compétente, une sorte de « perle » capable de remuer ciel et terre pour obtenir des crédits de restaurations, de rénovations de clochers, de façades de mairies, de murs de cimetières, de toitures d’églises…le panel étant tellement vaste et les besoins si élevés. Mme Butelet est tout cela. Rigoureuse, précise, Delphine Butelet, power-point aidant, met en exergue les efforts accomplis depuis plusieurs années en faveur de la préservation du patrimoine sur le territoire de la CASE  — qui ne cesse de s’étendre pour atteindre bientôt 105 000 habitants et 67 communes — et insiste sur la participation assidue de l’association solidaire Cursus favorisant l’intégration sociale d’un public a priori marginal mais très efficace sous la houlette de cadres professionnels.

Le kiosque de la cour de la mairie et le platane disparu
Je ne vais pas passer en revue la multitude des travaux engagés. Les personnes intéressées iront sur le site de l’agglomération pour connaître les actions réalisées et les projets en cours. Je retiens toutefois deux informations intéressantes.
— Primo Jean-Pierre Duvéré, au nom de la ville de Louviers, assure que le Manoir de Bigards, situé rue du quai, ne sera pas vendu au privé comme des rumeurs malveillantes le propagent. La ville a engagé une étude et ces bâtiments seront restaurés et sauvés. Pour quelle utilisation ?
   Secundo, Nous ne savons rien du contenu du patronage de Stéphane Bern (il est le parrain de l’année 2019 du patrimoine à Louviers). Sera-t-il présent à un moment ou un autre, un monument de Louviers bénéficiera-t-il d’un coup de pouce financier ? Tout cela demeure bien vague. François-Xavier Priollaud devrait dire s’il s’agit d’un coup de pub ou d’un coup de maître.

Bernard Leroy, président de la CASE, conclut ce bel après-midi de samedi par un appel aux mécénat des particuliers ou des entreprises pour qu’ils (elles) apportent pécuniairement leur aide au sauvetage des monuments sachant que d’importantes réductions d’impôts sont liés à ces fonds servant d’appui de levier à des aides émanant de la Fondation de France par exemple.
Les membres de la SED doivent se souvenir, eux, de la visite programmée le 4 avril à 18 heures au musée de Giverny pour une visite commentée de la nouvelle exposition.

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