18 février 2019

Rassemblement collectif contre l'antisémitisme demain mardi à Evreux à 19 heures


Delphine Horvilleur, rabbin française, décrit bien la situation. Je la paraphrase : « l’antisémitisme n’est pas consubstantiel aux gilets jaunes mais il en est une composante. » Indéniablement. Et bien que je n’ai pas une estime excessive pour Alain Finkielkraut, écrivain et académicien, insulté et menacé physiquement samedi par des gilets jaunes d’un genre particulier, je déplore sincèrement les actes dont il a été victime. Ces actes dépassent sa personne pour nous interroger sur cet antisémitisme réactualisé en permanence par les groupes de l’ultra-droite et maintenant d’une certaine ultra-gauche.

Dominique Schnapper, sociologue et politologue, dénonçait hier ces antisémitismes. Si l’un est bien connu et se situe dans la tradition de l’Action française, l’autre est plus ou moins nouveau et sa cache derrière l’antisionisme.
Le contexte socio-politique actuel n’incite pas à la compréhension ou à la mansuétude. Si nous ne nous réveillons pas aujourd’hui, pour lutter de toutes nos forces morales, intellectuelles, politiques, contre la résurgence de l’antisémitisme, nos lendemains risquent de déchanter. Voilà pourquoi je m’associerai, ce mardi, au mouvement de protestation national décliné localement, notamment à Evreux.

Je publie ci-dessous l’appel commun à manfester :


16 février 2019

Christophe Chalençon, gilet jaune, aspire à une dictature militaire !


Emmanuel Macron se plaignait récemment des apparitions télévisuelles qu’il considérait comme choquantes ou déséquilibrées dans leur verbe et dans leur ton. Avec les réseaux sociaux, par ailleurs, la parole d’un ministre ou celle d’un « jojo gilet jaune » apparaît comme équivalente. Et pourtant. Ni dans la forme, ni dans le contenu, ces paroles ne peuvent être comparées. Il ne s’agit ni de mépris ni d’élitisme. Il n’est qu’à lire et écouter.

J’ai maintes fois évoqué sur ce blog, les fausses nouvelles répandues par le dénommé Maxime Nicolle alias Fly Rider, un des leaders des gilets jaunes. L’attentat de Strasbourg était, selon lui, manipulé par le gouvernement qui l’aurait organisé pour détourner l’attention des médias…sur le conflit des gilets jaunes. Grotesque autant qu’ignoble pour les victimes d’un djihadiste dont l’entourage doit aujourd’hui répondre de fourniture d’arme et d’aide au crime.

Christophe Chalençon. (Capture d'écran)
Prenons également l’exemple de Christophe Chalençon. Ce gilet jaune invité par Karim Rissouli sur la 5 la semaine dernière, s’était déjà fait connaître en suggérant de nommer Pierre de Villiers — ancien chef d’Etat major des armées — au poste de Premier ministre à la place d’Edouard Philippe. Dans un entretien enregistré et diffusé en Italie, Chalençon va encore plus loin. Il affirme que des forces paramilitaires sont prêtes à agir pour commettre un coup d’Etat en bonne et due forme afin de virer Macron et sa clique.

Franchement, comment placer sur le même plan informatif les déclarations d’un illuminé obsédé par une forme de dictature qu’il souhaite et les explications (qu’on apprécie ou non) d’élus désignés par le suffrage universel. Il y a là plus qu’une interrogation pour les animateurs et journalistes désireux de mieux faire connaître les explications si hétérogènes des gilets jaunes. Peut-on, décemment, inviter sur un même plateau de télévision, à une heure de grande écoute, un militant d’extrême droite connu pour ses excès verbaux et des personnes de bonne foi capables d’éclairer notre jugement ?

Que Chalençon soit considéré comme un interlocuteur valable par Luigi Di Maio, le leader du mouvement cinq étoiles en Italie, venu lui rendre visite à Montargis l’autre semaine, ne démontre pas la qualité des arguments qu’il développe. C’est plutôt le signe d’un avachissement de la pensée et de la pauvreté des solutions. Car avec le temps, les Italiens découvriront et nous avec eux, le vrai visage de cet attelage improbable formé de Di Maio et Salvini. Je ne doute pas qu’une fois passée l’influence des clichés et des solutions toutes faites, les Italiens finiront par comprendre l’impasse dans laquelle leur gouvernement actuel les enferme.

Quant à nous, nous allons devoir subir encore quelques semaines, les apostrophes, les fantasmes, les insultes des Chalençon et de leur clique qu’une femme sensée comme Ingrid Levavasseur a bien fait de quitter récemment pour assurer une représentation digne du mouvement des gilets jaunes.

12 février 2019

Alexandre Benalla ou les copains d'abord…


© Dessin de Jean-Pierre Rault.
Le site Mediapart ne lâche pas les basques d’Alexandre Benalla. Et grâce aux investigations des journalistes du site d’information libre et indépendant, on en apprend tous les jours un peu plus sur les amitiés, les affaires, les contrats passés par l’ancien ( ?) membre de l’entourage de proximité d’Emmanuel Macron.
Ainsi, deux contrats juteux ont été rendus publics par Mediapart. Des contrats de sécurité au bénéfice de deux oligarques russes proches de Vladimir Poutine. La somme totale tourne, selon les journalistes, autour de 2,2 millions d’euros ! Ces contrats, de plus, auraient été signés alors qu’Alexandre Benalla était encore en fonction à l’Elysée. Mon ami Jean-Pierre Rault, dessinateur et caricaturiste à ses heures, m’a adressé ainsi qu’à plusieurs de ses amis, un dessin qu’on pourrait intituler « les copains d’abord ». A ma droite Emmanuel Macron, à ma gauche Iskandar Makhmudov, soupçonné de liens avec la mafia russe. Dis moi qui tu fréquentes…

11 février 2019

La ligue du LOL ne jouait pas franc jeu. Le cyber harcèlement compte ses victimes

La ligue du LOL, ce n’est ni un club de pétanque ni un club de football. C’était un rassemblement de « journalistes » (je n’ose écrire ce mot). Entre 2009 et 2012, cette ligue d’un genre très particulier, comprenant une trentaine de plumitifs, s’est livrée à une campagne de cyber harcèlement visant principalement des femmes mais pas que…puisque des hommes aussi ont été victimes de montages pornographiques et outranciers. Par un miracle dont j’ignore les détails — c’est le propre des miracles — le sale travail de cette ligue a été mis au jour et les noms des coupables livrés à la juste vindicte des victimes.

Et comme — un comble ! — des journalistes du journal Libération sont mis en cause, Laurent Joffrin, le directeur de la publication, a pris des sanctions à l’égard de deux rédacteurs sous la forme d’une mise à pied immédiate pouvant être suivie de plaintes pénales. Même si ces journalistes irresponsables ont écrit sur leur compte twitter et non sur le site ou avec les moyens du journal, Laurent Joffrin assure que le comportement des membres de son équipe rédactionnel porte atteinte à l’image du journal.

 Quand on lit les articles de Libération, on est en effet habitué à une défense et illustration de règles morales et éthiques assez sévères. Libération est un de ces organes de « gauche » à l’esprit ouvert. Des journalistes, hommes et femmes, y défendent la liberté d’expression dans ce qu’elle a de noble et les libertés individuelles en général. Il est donc extravagant d’apprendre que des membres de cette rédaction se sont livrés à de méchantes attaques personnelles. Certaines victimes ont d’ailleurs bien du mal à accepter des excuses à la fois tardives et maladroites au point de revivre des émotions négatives qu’elles croyaient disparues.

J’ai déjà dit ici, alors que le sujet n’est pas épuisé, loin de là, que l’anonymat et les pseudos favorisaient les campagnes d’insultes voire de dénigrement systématique. Malgré les justifications que je peux comprendre (réserve professionnelle, crainte de sanctions pour tel ou tel propos etc.) l’anonymat ouvre la porte à tous les frustrés, les jaloux, les racistes et les faussaires. Piratage, hackers, maitres chanteurs, hameçonnage… ils sont des centaines à vouloir pénétrer dans les vies et les intimités. Pour de l’argent ou pour faire mal. Qu’on ne s’étonne pas, après, d’entendre des gilets jaunes, notamment, affirmer avec aplomb que l’attentat de Strasbourg a été, « comme par hasard », organisé par le gouvernement. Parmi les présents aux ronds-points, le pourcentage de gens favorables aux thèses complotistes est énorme. Et le grand débat national n’y changera rien.

10 février 2019

Chaque insulte contre un juif est une insulte contre tous les hommes


Capture d'écran
Gilets jaunes ou pas gilets jaunes, le tag antisémite déposé sur la vitrine d’un magasin de Paris est plus que choquant. Pendant un temps, plusieurs auteurs de messages sur Twitter ou Facebook ont mis en cause les gilets jaunes. Il est vrai que depuis la parution de la photo des manifestants faisant la quenelle de Dieudonné, on jugeait que l’air de ce quartier parisien devenait de plus en plus irrespirable avec leur présence.
Et pourtant, de l’avis même des propriétaires du commerce tagué, rien ni personne n’autorise à mettre en cause les gilets jaunes dont la manifestation est postérieure à la découverte du tag et donc à sa réalisation. Les gilets jaunes ont le dos de plus en plus large. Les incidents déplorés au cours de leur mouvement suffiraient amplement à remettre en cause certaines de leurs pratiques sans qu’il soit besoin d’en rajouter et de leur coller un antisémitisme par forcément partagé par tous les manifestants.
Revenons au Tag « juden » (juifs en Allemand). Il démontre une connaissance de l’histoire puisqu’au cours de la nuit dite de cristal en 1938, les nazis ont détruit maintes synagogues et maints commerces tenus par des juifs dans l’Allemagne entière. Avant cette nuit de folie et de fureur antisémite, Hitler par ses discours, ses militants de base fanatisés, ses hommes de main avinés avaient préparé de longue date ce début de destruction des juifs d’Europe. Des hommes et des femmes de tous âges furent dès lors brutalisés, massacrés, tués nuit et jour dans une Allemagne tombée dans la barbarie.
Sur les vitrines de certains commerces allemands, on pouvait lire : « juden » ou « jude » désignant à la vindicte de la populace des proies qui allaient devenir ces six millions de juifs assassinés dans les camps de la mort. Alors, ce mot de « juden » doit nous réveiller. Il nous oblige à relire l’histoire, à nous rappeler qu’il a quelques décennies, des brutes immondes ont martyrisé tout un peuple parce que leur religion était devenue « haïssable » parce qu’un dictateur (fou ?) avait programmé leur extinction. Chaque insulte contre un juif est une insulte contre tous les hommes. Ne l’oublions jamais.

9 février 2019

François-Xavier Priollaud ne sera pas candidat aux élections européennes

François-Xavier Priollaud est un lecteur attentif de ce blog. Pour compléter l’information de ses lecteurs, il n’hésite pas à réagir aussitôt aux écrits qui le concernent. J’ai évoqué une possible candidature de sa part aux élections européennes, la clôture des inscriptions au MODEM intervenant le 15 février, et François-Xavier Priollaud, au courant des bruits qui circulent, a tenu à mettre les points sur les i.
Il confirme son engagement viscéral en faveur de l’Europe et en prend pour preuve le mouvement qu’il anime au niveau régional du nom de « forum mondial pour la paix » qu’il traduit comme un engagement européen et international. En conséquence, il assure « qu’il n’a jamais été question, ni hier, ni d’avantage aujourd’hui, de (s)e porter candidat aux élections européennes ».
A dire vrai, c’était le sens de mon article. Je me demandais comment, à un peu plus d’un an des élections municipales, François-Xavier Priollaud pourrait prendre le risque de se perdre dans une campagne européenne et du même coup risquer de perdre les municipales auxquelles il participera…bien qu’il ne m’ait rien précisé à se sujet.

8 février 2019

Quelques réflexions au débotté : le groupe Hermès à Louviers, FX Priollaud candidat aux Européennes ? Plenel met Cohen KO. Di Maio est comme chez lui parmi les gilets jaunes

Le groupe Hermès fait le buzz à Louviers
L’annonce du groupe Hermès fait le buzz. En rendant publique son intention d’ouvrir une nouvelle usine à Louviers, le groupe de luxe apporte manifestement de l’eau au moulin des dirigeants de la Communauté d’agglomération lesquels assurent que le développement économique demeure la priorité de leurs actions.
Hermès est déjà présent sur notre territoire avec deux usines au Vaudreuil (parfums) et à Val-de-Reuil (petite maroquinerie). La nouvelle usine de production de produits de luxe haut de gamme prendra place dans le hub situé sur la zone industrielle de Louviers-La Fringale. Le Hub, pour ceux et celles qui l’ignoreraient, comprend des bâtiments de l’ancienne usine Cinram, usine Philips à l’origine en 1957. L’agglomération ayant eu la bonne idée de maîtriser le foncier, a donc les moyens d’offrir au groupe Hermès, des locaux construits et immédiatement disponibles. Les mois qui viennent nous permettront de mieux connaître le contenu de la future usine dont l’ouverture est prévue en 2021. Ce laps de temps devrait aussi offrir de l’emploi à des gens formés par Hermès aux métiers de la maroquinerie et choisis selon des critères alliant l’intelligence du geste et l’amour du travail bien fait. Si Bernard Leroy, président de Seine-Eure, parvient à concrétiser ses espoirs, on pourrait enfin se satisfaire d’un lien profond entre les emplois salariés et les domiciles des futurs artisans du cuir actuellement majoritairement situés hors du territoire local.

FX Priollaud candidat aux Européennes ?
FX Priollaud, maire de Louviers. ©JCH
Je participais ce matin à une conversation non destinée à être rendue publique. Je n’en livrerai donc pas les détails. Le thème en était « les élections européennes et l’avenir du maire de Louviers, François-Xavier Priollaud. » Mes interlocuteurs savent l’attachement du maire (Modem) à la construction européenne. N’est-il pas le vice-président régional chargé des liens entre la Normandie et Bruxelles ? Il est donc facile d’ébaucher des plans de carrière politique au bénéfice du premier magistrat lovérien. S’il est candidat aux Européennes sur la liste commune Modem-LREM, sera-t-il en position éligible ? Sera-ce une candidature de témoignage lui permettant de conserver son poste de maire de Louviers ?
En vérité le premier magistrat de notre ville n’a jamais manifesté publiquement l’intention de siéger à Strasbourg. Personnellement, je le vois mal parvenir à mener de front ses responsabilités régionales et locales avec celles d’un mandat de parlementaire européen. A un an et quelques mois des élections municipales, il courrait un risque important en cas d’échec. Mieux vaut tenir que courir.


Face à face Plenel-Cohen
Le face à face récent entre Edwy Plenel, directeur du site Mediapart, et Patrick Cohen, journaliste sur la 5 (notamment dans C à vous) illustre une fois de plus la nécessité de défendre la liberté de la presse et ce qui va avec : la protection des sources. Patrick Cohen a jugé inconvenant que Mediapart rendent publics les échanges entre Alexandre Benalla et Vincent Crase, les héros malgré eux d’une affaire protéiforme bizarroïde, sous prétexte qu’il s’agissait d’une rencontre privée entre deux personnes ignorant, bien sûr, qu’elle étaient écoutées pendant leur dialogue.
La théorie — que je soutiens — d’Edwy Plenel est l’exact contraire de cette prise de position. Un journaliste digne de ce nom, s’il n’a pas acquis les écoutes de manière mercantile ou frauduleuse ou par des moyens déloyaux, se doit de publier tous les éléments d’une affaire d’intérêt public. Personne n’affirmera que les agissements de M. Benalla, si proche du président et du pouvoir exécutif, ne sont pas d’intérêt public. Plusieurs informations ont été ouvertes notamment par le parquet financier afin de connaître les rapports (contractuels ?) entre un oligarque russe et le couple Benalla-Crase, du nom de l’ancien gendarme originaire de Louviers, d’ailleurs. L’obstination de Patrick Cohen était pathétique tandis que la colère d’Edwy Plenel s’exprimait de manière fort construite et implacable. Plenel a de nombreux détracteurs dont François Loncle, ancien député, qui me rappelle sans cesse le rôle qu’il aurait joué dans le suicide de Pierre Berégovoye. L’ancien Premier ministre, fort déprimé, n’avait peut-être pas besoin d’un article au vitriol pour attenter à sa vie. Qui sait ?

Les dirigeants italiens devraient rester chez eux
Le rappel de l’ambassadeur de France à Rome pour « consultations » intervient après une série d’incidents entre la France et l’Italie. Depuis l’arrivée au pouvoir de Salvini et Di Maio (extrême droite et anti-partis) leurs critiques acerbes pleuvent sur la France de Macron comme à Gravelotte. Les Italiens n’apprécient pas le rachat de quelques fleurons de la botte par des sociétés françaises, ils veulent remettre en cause des projets communs et anciens tel que la liaison Lyon-Turin par exemple et surtout la visite de Di Maio aux gilets jaunes (1) sur le territoire français donc, a été la goutte faisant déborder le vase.
Di Maio assure qu’il est venu en France au nom du mouvement cinq étoiles et pas comme ministre. Difficile à admettre quand on est membre d’un gouvernement et quand Salvini appelle publiquement les Français à battre Macron ! L’Italie est un pays que j’adore. Tout comme j’aime les Italiens. Je déteste les dirigeants de cette grande démocratie. Ils sont de nombreux défauts : nationalistes, xénophobes…et populistes dans le pire sens du mot. Ils ont gagné les élections. Soit. Souhaitons que ce qu’une élection a fait, une autre pourra le défaire.

(1) Ingrid Levavasseur, tête de la liste RIC, était absente car en désaccord avec Chalançon, le gilet jaune qui avait fait appel au général de Villiers pour résoudre la crise ! Il a accueilli Di Maio !

5 février 2019

Mediapart dérange. Pour des journalistes dignes de ce nom la protection des sources est un devoir sacré


Le site d’information Mediapart dérange. Il a, au cours de ces dernières années, donné du fil à retordre à bien des politiques. De l’affaire Cahuzac à l’affaire Bettencourt, de l’affaire Sarkozy-Libye aux frasques de Claude Guéant, les journalistes de Mediapart n’ont pas chômé. Le pouvoir — tous les pouvoirs — craignent ces journalistes d’investigation, enquêteurs jamais à court d’idées et d’informations.

En publiant, il y a quelques jours, des enregistrements de conversations privées entre Alexandre Benalla et Vincent Crase, « au nom de l’intérêt public », le site Mediapart s’est attiré de très élogieux commentaires et de vives critiques. Au nom de quoi, en effet, des journalistes se permettent-ils de rendre publiques des paroles saisies on ne sait ni comment ni par qui ni pourquoi. Et dans un cadre totalement privé. Edwy Plenel, directeur de Mediapart répond : « Quand ces enregistrements permettent aux citoyens de connaître les tenants et les aboutissants d’une affaire d’intérêt général, les journalistes ont le devoir de les faire connaître. » Il s’appuie d’ailleurs sur le jugement d’un tribunal qui dans l’affaire des écoutes du majordome de Liliane Bettencourt avait déclaré Mediapart exempt de toute peine au nom de la légitimité de l’information et  de l’intérêt général.

Alors, on comprend d’autant moins les raisons qui ont amené deux procureurs et des policiers à vouloir perquisitionner les bureaux de Mediapart, hier et on comprend mieux pourquoi Fabrice Arfi, directeur adjoint, a refusé cette perquisition. Qui sait si le juge de la détention et des libertés autorisera dans les jours qui viennent une perquisition coercitive, cette fois ?

Ce qui est en jeu est fort simple. Contraindre un journaliste à divulguer ses sources est impensable. Que serait un journalisme d’investigation sans sources fiables et sûres ? Tenter de les identifier par des manœuvres judiciaires même légales, est immoral. Un seul cas justifierait une plainte : si les journalistes avaient eux-mêmes procédé aux enregistrements des conversations par des moyens techniques illégaux ? On n’en est pas encore là.

4 février 2019

Le député Pierre-Henri Dumont (LR) demande l'élimination physique des djihadistes français


Le député LR Pierre-Henri Dumont. (capture d'écran).
Je me demande, parfois, comment des parlementaires ont pu être désignés par le suffrage universel pour représenter les citoyens. Il faut croire que le vote, s’il est évidemment l’expression d’une démocratie n’en est heureusement pas le seul élément. Interrogé sur LCP, le député LR du Pas-de-Calais, Pierre-Henri Dumont, a déclaré: "Il y a un choix juridique d'intelligence avec l'ennemi, en leur retirant la nationalité française. Il y a un autre choix, l'élimination de ces personnes". De qui parle l’honorable (!) parlementaire républicain qui plus est ?

Il évoque le sort qu’il réserverait aux djihadistes, citoyens français, hommes ou femmes ( ?) s’ils devaient revenir sur notre sol ! Ce député semble ignorer plusieurs éléments pourtant fondamentaux. Primo, la peine de mort a été supprimée en France est c’est tant mieux. Les nations civilisées se distinguent des barbares sur ce point. Secundo, la France est un état de droit avec une justice indépendante. Elle existe pour juger les crimes et délits commis sur le sol français ou ailleurs. Une avocate parisienne expliquait très bien hier soir, sur la 5, que les Français et Françaises ayant rejoint la Syrie ou l’Irak pour combattre les mécréants (que nous sommes) et qui sont actuellement dans les mains des Kurdes syriens ne peuvent être jugés puisque l’Etat kurde n’a aucune existence légale et donc pas de justice indépendante. Tertio, il est impossible de déchoir de leur nationalité — et donc de les rendre apatrides — des Français disposant d’un passeport national. François Hollande, en voulant remettre en cause ce principe « totem » de la gauche a perdu la confiance de centaines de milliers de Français écœurés et dépités.

N’en déplaise à ce monsieur Dumont qui, pour avoir une tête de premier de la classe sue quand même la haine et la vengeance, il est évident qu’il est du devoir du gouvernement d’accueillir sur notre sol les djihadistes de nationalité française qu’ils soient adultes ou enfants. Que ceux-ci doivent être jugés pour terrorisme et bénéficier de tous les droits : avocats, témoins, preuves, qu’un mis en examen possède. La justice doit évidemment passer et condamner sévèrement les auteurs reconnus coupables de ces faits gravissimes. Dans une démocratie la loi du talion n’est pas une loi codifiée. Qu’un député (élu de la nation donc) suggère d’éliminer physiquement des gens qui ont pris (ou non) les armes contre leur pays est tout simplement effarant.

3 février 2019

Quand Maupassant nous est conté par Gérard Gengembre et la société d'études diverses de Louviers


Gérard Gengembre.©JCH
En écoutant Gérard Gengembre (1) parler de Maupassant, « écrivain normand », il vaut mieux être riche, en bonne santé et ne pas craindre l’avenir. La vision du monde du grand écrivain dont le talent littéraire et stylistique est incomparable, est celle d’un misanthrope profondément pessimiste sur la nature humaine et tout simplement déterministe. Il est où le bonheur ? Elle est où la tendresse ? Il est où l’amour ? Pour Maupassant tout ne serait que vacuité.

L’homme donc est mauvais. Il est souvent stupide, roublard, radin, particulièrement quand il s’agit d’un paysan normand, mais on aurait tort de régionaliser les ressentiments de Maupassant à l’égard des habitants de sa province. Car ces ressentiments il les généralise à tous les hommes. En tous temps et en tous lieux. L’écrivain célébrissime, dans ses chroniques, nouvelles, romans, au-delà des descriptions picturales avec mer et soleil où il décrit une certaine beauté, juge avec un mépris certain le monde des humains qu’au fond de lui-même il déteste. Peut-être les enfants et les prostituées (qu’il fréquenta assidument…et attrapa même la syphilis) trouvent-ils auprès de lui quelques qualités.

L’optimiste avec Eros, le pessimiste avec Thanatos ? Ce serait une vision trop binaire. Maupassant, « élève » de Flaubert, est plus subtil, plus fin. Qu’importe, le message qu’il veut faire passer est celui d’une existence déprimante à l’heure où la psychologie n’en était qu’à ses balbutiements. Il est vrai qu’être atteint d’une MST à 27 ans ne peut que vous pourrir la vie. Il en mourra d’ailleurs à 43 ans après avoir vécu sa dernière année dans une inconscience quasi totale.
 
Une salle comble pour écouter le conférencier. ©JCH
Si la postérité a retenu Guy de Maupassant, c’est sans doute parce que la crudité des situations, la cruauté des personnages, le souci du détail, ont dépassé le simple cadre romanesque « régional » pour atteindre à l’universalité. Naturaliste ? Interroge Gérard Gengembre ? Réaliste ? Anti-romantique ? Sans doute toute cela à la fois. Maupassant issu de la bourgeoisie n’a pas la volonté de défendre l’ordre établi ou l’ordre social. Il est le membre d’une caste intellectuelle élitiste peu sensible au malheur des ouvriers des manufactures exclus de ses récits et de ses portraits. Le monde qu’il décrit (décrypte) est celui qu’il a sous les yeux, les paysages (Etretat-Fécamp, le pays de Caux, Paris) les paysans, très majoritaires socialement, et la petite bourgeoisie dont il exècre tous les excès et la suffisance.

Le public présent dans la salle (comble) Pierre Mendès France a fait une ovation à Gérard Gengembre. Il nous avait déjà enchanté avec ses conférences sur Victor Hugo en Normandie ou encore Balzac, en grand spécialiste de la littérature du 19e siècle. Mêlant le savoir et l’humour, le conférencier ne pouvait qu’être longuement applaudi.
(1) Gérard Gengembre, professeur émérite de l’université de Caen.