17 octobre 2018

Jean-Luc Mélenchon, un leader maximo à la Française ?


Je ne parviens pas à détester Jean-Luc Mélenchon…ni à lui porter estime. Cet homme politique a de la bouteille et une expérience extraordinaire des débats et des combats. Ce qui s’est passé hier, à la permanence de la France Insoumise est pourtant la preuve que malgré les ans, malgré les responsabilités (parfois ministérielles) malgré les différentes alertes anciennes ou récentes, rien ni personne ne peut empêcher le « leader maximo »(1) français de déclencher le bruit et la fureur.

L’enquête judiciaire en cours dira qui a dépassé les limites. Qui des députés insoumis ou des policiers en service sous la tutelle d’un procureur représentant le parquet après une enquête préliminaire ouverte dans les formes, a semé le désordre et une forme de violence absolument inadmissible ? Des images circulent abondamment sur les chaînes d’information en continu. On y voit Jean-Luc Mélenchon, hors de lui, se targuer de son titre de député (« Je suis un élu de la nation, ma personne est inviolable etc. etc. » pour empêcher la poursuite d’une perquisition dont tout démontre qu’elle s’opérait en toute légalité après l’avis des juges compétents.
Capture d'écran.

JLM y voit la main d’une police politique et d’une agression ciblée. Il a tort. D’autres partis (le RPR, le PS, le FN, le MODEM…la gauche et la droite) ont été dans la tourmente judiciaire sans pour autant attenter physiquement aux policiers ou aux magistrats enquêteurs. La perquisition d’hier n’avait pas pour but de saisir les fichiers de la France Insoumise ni le contenu des ordinateurs sauf, bien sûr, ce qui a trait au financement de la dernière campagne présidentielle dont on sait qu’un redressement a été ordonné après que la Commission des comptes de campagne a alerté le procureur de la République. Cette perquisition a été interrompue suite aux incidents créés par les députés LFI. Peut-être était-ce l’objectif ? Pour justifier son ire, JLM affirme que ses comptes ont été validés ! La Belle affaire. Les comptes de Sarkozy aussi avaient été validés. Il n’empêche qu’existe un soupçon de financement libyen lors de la campagne 2007 sans oublier l’affaire Bygmalion en 2012 (20 millions d’euros de dépassement). La Commission des comptes de campagne n’a pas les moyens d’enquêter sur des sommes suspectes et encore moins de s’ériger en juge. Elle constate, accepte, déplore ou signale. C’est son rôle, point barre. La validation des comptes ne prouve rien.

L’image de Jean-Luc Mélenchon va évidemment être écornée après la vision des images qui le montrent vociférant, éructant, appelant à la rescousse ses camarades élus et militants. Je suis d’ailleurs surpris qu’ils aient suivi JLM comme un seul homme et qu’il ne se soit pas trouvé un Coquerel, un Bompard, un Corbières ou une Clémentine Autain pour dire à JLM : « Jean-Luc, tu déconnes. Tu perds ton sang froid. Tu as tort ». Le sang froid est une qualité essentielle pour un dirigeant politique. Imaginons que le préfet Maurice Grimaud (2) en 1968 ait perdu son sang froid. Sans lui, il y aurait eu des morts et des blessés. C’est une chose de protester (légitimement) ou de se révolter. C’en est une autre de devenir dirigeant…et homme d’Etat.

(1) Nom donné à Fidel Castro par les anticastristes. 
(2) M. Grimaud a agi contre l'avis de son ministre qui n'aurait pas hésité à faire tirer contre la foule.

16 octobre 2018

Rendez vous à Blois avec l'œuvre de Pierre Mendès France, « un homme d'avenir »

Les Rendez-vous de l’Histoire sont organisés à Blois depuis plus de vingt ans. Il s’agit d’un grand moment pour les historiens, bien sûr, mais aussi, et surtout, pour le public anonyme désireux de rencontrer des auteurs et des éditeurs. 
Les amateurs de savoir et de connaissance, venus très nombreux, sont à la fête. Grâce au livre d’Hélène Hatzfeld (1) et également grâce à Françoise Chapron, secrétaire générale de l’Institut Pierre Mendès France qui n’a pas ménagé ses efforts, j’ai passé deux jours enrichissants à Blois.

France Culture, partenaire des rendez-vous de l'Histoire 
Je retiens, naturellement, la soirée consacrée aux livres dédiés à la vie ou à l’influence de Pierre Mendès France. 
Avec la biographie « économique » de Michel Beck (2) par exemple, on comprend mieux pourquoi, ni le général de Gaulle, ni François Mitterrand, n’ont voulu tenir compte des avis de l’ancien président du Conseil. Ses préconisations, animées d’une certaine rigueur, contrastaient avec la facilité d’un Pleven ou d’un Mauroy bien vite rattrapés par le réel. Il est vrai, comme l’a écrit Georges Kiejman, qu’« on peut avoir tort économiquement et raison politiquement.

Les « Ecrits de Résistance » (3) réédités à l’initiative de Vincent Duclert et Joan Mendès France (après le décès de Michel, fils de PMF) nous installent de plain pied, dans l’intimité d’un homme exceptionnel dont la vie fut marquée à jamais par l’accusation inique et révoltante de désertion lors du fameux procès de Clermont-Ferrand.  L’histoire de l’ancien maire de Louviers fut, dès lors, comme une longue course contre l’humiliation et pour la justice en laquelle l’avocat mais aussi le politique croyait comme un absolu. PMF n’eut de cesse d’obtenir l’annulation du jugement le condamnant à l’infamie parce qu’il était juif, de gauche et franc-maçon (tout comme son ami Jean Zay) ce qu’il obtint quelques années après la fin de la guerre. Jamais, donc,  son patriotisme ne fut pris en défaut, surtout pas quand il a rejoint le général De Gaulle et la France Libre à Londres. Là, il passa plusieurs mois à guider les pilotes des bombardiers Boston ainsi qu’à réfléchir à la situation de la France d’après-guerre sans oublier les liens indéfectibles avec son épouse et ses fils réfugiés aux Etats-Unis.

Hélène Hatzfeld, en forme de conclusion et pour répondre à l’impératif de « la puissance des images » thème de ces Rendez-vous de l’histoire 2018, avait choisi sept photos de la série présentée en mai dernier aux Lovériens dans la salle du Moulin. Il s’agissait pour elle de mettre en exergue les conséquences politiques qui suivirent la démission de PMF de tous ses mandats électifs en 1958, après sa défaite face à Rémy Montagne. D’un ton juste et précis, elle rappela l’élection en 1965 d’une équipe dite d’Union des Gauches puis de la liste d’Action de Gauche en 1976-77, le tout en conjuguant la nécessité du lien direct entre l’élu et l’électeur et l’originalité des propositions et projets d’Ernest Martin, ancien maire de Louviers. Il se trouve que tous deux furent battus aux élections après la défaillance lovérienne des élus PC ou l’abstention volontaire grenobloise des électeurs communistes avec lesquels il fallait alors compter.

Cette soirée m’a permis de rencontrer deux personnalités éclatantes : Hélène Mouchard Zay, la fille du grand ministre de l’Education nationale (assassiné par la milice en juin 1944) toujours à l’œuvre pour entretenir sa mémoire et d’Alain Chatriot, professeur d’histoire à Sciences Po Paris. Tous deux, à leur manière, témoignent d’une véritable passion pour un passé qui, si, parfois, il ne passe pas, comme l’écrivent Henry Rousso et Eric Connan s’agissant de Vichy, permet de comprendre le présent et de construire l'avenir.

( 1 - Hélène Hatzfeld : La politique à la ville, inventions citoyennes à Louviers 1965-1983, Ed. PUR
( 2- Michel Beck : Pierre Mendès France, un homme d’avenir. Ed. Société des écrivains
( 3 - Pierre Mendès France, Ecrits de Résistance, édition établie par Vincent Duclert avec la collaboration de Joan Mendès France, CNRS éditions

28 septembre 2018

Les conférences de la SED : « L'œuvre de Georges de La Tour en Normandie » par Claude Cornu


Le tricheur à l'as de carreau de de La Tour
Comme chaque année, l’automne venu, nous reprenons le cycle de nos conférences. Vous en trouverez à la page suivante le programme. La première aura lieu le samedi 13 octobre, à l’heure et au lieu habituels : salle Pierre Mendès France, à l’Hôtel de Ville de Louviers, à 16 heures. Claude Cornu, vice-président de la SED, évoquera le peintre Georges de La Tour, et en particulier les tableaux, authentiques ou non, retrouvés ou conservés dans notre région : « L’œuvre de Georges de la Tour en Normandie ».
Georges de La Tour (1593-1952), « peintre fameux » de son vivant – c’est la mention figurant à côté de son nom sur un acte paroissial de décembre 1644 – est tombé dans l’oubli après sa mort. C’est seulement au début du XXe siècle qu’on a redécouvert son oeuvre et que des tableaux auparavant attribués à d’autres artistes ou totalement ignorés, comme le Tricheur à l’as de carreau, aujourd’hui au Louvre, ont réapparu. La conférence, qui sera accompagnée d’illustrations, évoquera les étapes de cette redécouverte et, de manière inattendue, le rôle joué par la Normandie. Peintre lorrain, La Tour n’avait aucune attache dans notre région, mais elle a participé à cette renaissance. En 1945 est découvert dans l’église de Bois-Anzeray, dans l’Eure, un tableau qui n’avait jusqu’alors jamais retenu l’attention : un Saint Sébastien soigné par Irène, désormais unanimement considéré comme une œuvre de la main de La Tour. S’il a rejoint le Louvre en 1979, toute trace de l’œuvre de la Tour n’a pas disparu de la Normandie. Il avait en effet peint pour Louis XIII un autre tableau représentant saint Sébastien. Détruit ou perdu, l’original a disparu, mais il en subsiste aujourd’hui une dizaine de copies, dont trois figurent dans les musées normands, à Rouen, Évreux et Honfleur.

20 septembre 2018

Lutte contre le frelon asiatique : L'agglo Seine-Eure cherche des solutions


Le maire de Pinterville, Didier Dagomet, espérait que je pourrai régler le problème suivant : une ruche, appelons les choses par leur nom, s’est installée depuis longtemps dans un conduit désaffecté de la mairie. Connaissant le soin que j’apporte à protéger les abeilles, il espérait qu’une action de ma part permettrait à la fois de sauver les abeilles et de retrouver une sérénité qui, depuis quelques semaines, faisait défaut.

En effet, la mairie est située près de l’école et le va-et-vient des butineuses, même si les abeilles ne pratiquent que l’art défensif, risquait à un moment ou à un autre de se terminer par une piqure. Idem pour les employés municipaux, les élus et les citoyens appelés à fréquenter la maison commune.
Abeilles léchant sur cadre de corps de ruche. © Jean-Charles Houel

L’apiculteur que je suis n’a pas les moyens de jouer les pères Noël et de récupérer une ruche constituée dans un conduit de cheminée. Le maire a donc fait appel aux sapeurs-pompiers qui, dans des temps ancestraux, détruisaient les hyménoptères de toutes espèces. Mais ce temps-là est terminé et Didier Dagomet a dû faire appel à une société privée pour obtenir la destruction du nid. Il en coûtera à la collectivité la somme de 120 à 160 euros selon le temps passé et la difficulté d’intervention.

Je profite de l’occasion pour faire état d’une conversation récente que j’ai eue avec un dirigeant administratif de la communauté d’agglomération Seine-Eure. Face à la prolifération du frelon asiatique, espèce de plus en plus invasive, dangereuse pour l’homme et prédatrice d’abeilles, face aux demandes de plus en plus nombreuses d’élus et de citoyens réclamant la destruction des nids, la commission environnement de la CASE étudie la possibilité de se doter d’un service public susceptible d’intervenir sur le territoire des communes de Seine-Eure. Les frais seraient pris en charge par la CASE.

La loi actuelle oblige les préfets à faire cesser les nuisances de toute nature mais les discussions sont sans fin quand il s’agit d’honorer les factures. Sur l’espace public, il serait normal que l’Etat et le Département ou à défaut la commune prennent en compte le réel danger qu’occasionnent ces frelons destructeurs. Plus même. Un nid peut très bien être dans l’espace public et ses habitants dévorer les abeilles du rucher d’à côté. La réflexion engagée par la CASE ne devrait donc pas trop tarder à déboucher sur des solutions pérennes car la saison des frelons prend fin avec l’automne. Seules les reines passent l’hiver avant de refonder un nouveau monde au printemps suivant.

15 septembre 2018

« Plongez au cœur de votre patrimoine » avec le nouveau service des archives de l'agglomération Seine-Eure

Le maire de Louviers remercie la sous préfète des Andelys. © JCH
« Nos mémoires sont de gigantesques prothèses qu'on appelle serveurs, archives ou bibliothèques. » A Louviers, le service des Archives, pourtant riche, était isolé dans des locaux inadaptés et surtout pas faits pour conserver puisqu’il s’agissait de l’ancienne banque de France sise sur la Place de la République (1). Qu’on l’ait appelé maison Condorcet ne change rien au fait qu’il fallait bien que des élus prennent en main le destin commun pour que la postérité sache de quoi il retournait des siècles et des années avant la naissance des futurs hommes et des futures femmes de notre ville.

L’usine Henkel (anciennement Rubson) vit le jour dans les années soixante-dix. Ernest Martin, alors maire, apporta son soutien à la création, sur la zone industrielle de Louviers, d’une usine destinée à la fabrication de produits hydrofuges dont la notoriété fut nationale voire internationale. Au fil des rachats industriels, le nom d’Henkel prit le pas sur Rubson avant que ne partent ailleurs les fabrications lovériennes.

Vanina Gasly.©JCH
Belle opportunité pour la Communauté d’agglomération qui acheta l’usine avec le projet d’y créer un service intercommunal d’archives permettant aux communes de Seine-Eure de bénéficier du professionnalisme d’une équipe conduite par Vanina Gasly, archiviste professionnelle, assistée de trois personnes. « Aujourd’hui, assura Bernard Leroy, le président de la CASE, vendredi lors de l’inauguration, 19 communes dont Louviers ont décidé de confier leur passé (ancien ou proche) au Pôle Archives Seine-Eure. » D’autres conseils municipaux seraient sur le point de délibérer pour que leur passé ne soit plus ignoré ou perdu. Sur les deux kilomètres de documents actuellement recensés (pas tous classés datés du XIVe siècle à nos jours) 700 mètres appartiennent à l’histoire de Louviers dont une partie importante du Fond privé « Pierre Mendès France ». 

L’ancien président du Conseil, ancien député-maire, a, durant sa vie de parlementaire ou de chef du gouvernement, reçu et envoyé des milliers de missives dont certaines ont été classées et répertoriées mais il reste un nombre de documents encore inconnus dont un chercheur chevronné trouverait matière à intérêt historique. Pourquoi pas une thèse ? Un grand merci fut ainsi adressé à Joan Mendès France (bru de PMF) et épouse de Michel, décédé récemment, ainsi qu’à Tristan et Margot, les petits-enfants du grand homme dont la présence à Louviers dans la maison des Monts (2) devrait être plus fréquente dans les mois à venir. Tous ont été d’accord pour doter le service des archives lovériennes de ce fond exceptionnel dont la moitié seulement a été identifiée aujourd'hui.

Pas d’inauguration sans ruban tricolore. Un petit bout par ci, un grand bout par là, Bernard Leroy s’acquitta de sa tâche avec l’expérience de l’élu à qui on ne la fait plus. Ruban mais aussi discours. Du maire de Louviers, François-Xavier Priollaud, le premier à parler. Il ne manqua aucun des superlatifs applicables à la situation. Il mesure la chance de disposer d’un outil que les historiens du dimanche, les chercheurs, les savants, les citoyens, pourront utiliser à qui mieux mieux dans une salle de consultation à la fois pratique et silencieuse.

L'inévitable ruban tricolore. © Jean-Charles Houel
Bernard Leroy, avant la sous-préfète des Andelys, représentant l’état, généreux en l’occurrence (122 000 euros de subvention (3)), était évidemment fier d’une réalisation de la CASE qu’on n’attendait pas forcément dans le domaine des soins apportés aux documents, aux histoires des hommes et des femmes, à celles des lieux et des cités, aux pièces d’urbanisme, aux dossiers personnels ou d’état-civil. Que la société des « Amis et monuments et sites de l’Eure » dispose dans les locaux rénovés à l’Italienne d’un espace pour accueillir ses membres et proposer ses publications ne doit rien au hasard. Denis Lepla, président de l'AMSE, et Bernard Leroy, ont signé dans la joie une convention d’occupation démontrant l’ouverture recherchée par les uns et les autres.

Je ne saurais conclure ce billet sans rappeler qu’il est essentiel que les citoyens, les militants, les familles, les élus…que sais-je encore, mettent à disposition du service intercommunal des archives les documents intéressant le présent et l’avenir ainsi qu'un passé qu’on doit valoriser puisqu’on s’appuie sur ses épaules n’est-ce pas ?

(1)  Si j’ai bonne mémoire, le maire actuel cherche à vendre l’immeuble bien placé en centre-ville…pour quel usage ?
(2)  Les cendres de Pierre Mendès France ont été dispersées dans sa propriété des Monts à laquelle il était très attaché.
   3) Il s'agit de 822 000 euros. J'ai mal entendu. Excuses.

14 septembre 2018

La nouvelle voie du collège du Hamelet ménerait-elle à une impasse ?

Le communiqué récent du comité de vigilance.

Comme d'habitude, les habitants, les parents d'élèves, les salariés du collège et parmi eux les enseignants dépendant de l'Education nationale, vont devoir retrousser leurs manches pour obtenir gain de cause. Les élus départementaux n'ont pas mesuré l'impact négatif et quotidien d'une circulation à la fois intense et dangereuse. En supprimant le collège Mendès France de Val-de-Reuil, le conseil départemental a pratiqué une politique de gribouille. L'art de la politique c'est prévoir…et choisir. On verra bien à la Toussaint ou à la Trinité, si les nouvelles promesses des élus majoritaires seront tenues. Dans l'attente, la mobilisation citoyenne a toute sa place dans le débat public.

11 septembre 2018

La SNCF scie-t-elle le rail sur lequel elle fait rouler (parfois) ses trains ?


Au départ de Saint Pancras à Londres. © Jean-Charles Houel
N’étant pas un usager habituel du train et notamment de la SNCF, je ne me rendais pas bien compte de l’exaspération que peut ressentir l’homme ou la femme qui, chaque matin et chaque soir, doit utiliser ce moyen de transport collectif économe en CO2 mais de plus en plus inadapté (sauf mentions contraires à venir) aux exigences d’un pays moderne. J’ai eu besoin du train récemment pour me rendre de Val-de-Reuil à Paris (le bout du monde !) et de Paris à Londres par l’Eurostar.

Je n’ai pas l’habitude d’évoquer ma vie personnelle sur ce blog mais une entorse à cette attitude se justifie eu égard à ce que je vais narrer ci-après. Ainsi, vendredi dernier, à Val-de-Reuil, le train de 14 h 32 pour Paris est arrivé avec 45 minutes de retard ! Excusez du peu. Sur le quai, j’ai papoté avec des clients habituels de la SNCF pas du tout surpris d’un retard dont semble-t-il, les effets se produisent très souvent. Le retard n’est pas dramatique en soi sauf que j’ai raté la correspondance de la gare du nord et de l’Eurostar qui devait m’emmener à Londres. J’ai donc dû prendre un nouveau billet que le caissier, dans sa mansuétude (il a tout de même vérifié la réalité du retard) ne m’a pas fait payer. J’ai atteint la capitale britannique avec deux heures de retard !

Lundi, retour en France. Au départ de la gare de Saint-Pancras, je devais rouler vers la France dès 9 h 24. Pensez-vous. Nous avons été informés à quatre ou cinq reprises que le train d’à côté, victime d’un incident technique et qui devait quitter la gare avant nous, occasionnerait un retard imprévisible dans sa durée. Conséquence, on est parti avec plus d’une heure de retard…merci pour tous ceux et celles qui arrivés à Paris ont dû courir tous azimuts pour honorer leurs rendez-vous ou tout simplement satisfaire leur vie professionnelle. Quant à moi, je n’ai dû qu’à l’habileté d’un chauffeur de taxi, le fait de pouvoir prendre l’Intercité avec le billet réservé depuis quelques semaines « non remboursable, non échangeable. » Parmi les commentaires des passagers, j’ai compris que la plupart d’entre eux ne seraint pas hostiles à une privatisation dont ils espèrent une amélioration de leurs transports quotidiens.Est-ce si simple ?

Je ne crois pas aux coïncidences. Qu’à deux reprises, à quelques jours d'écart, le passager éphémère que je suis ait été victime (le mot est trop fort sans doute) des retards et autres problèmes techniques montre que le grand service public que fut la SNCF a perdu de sa superbe. Son image est très détériorée. Le gouvernement, après avoir ignoré les demandes des grévistes du printemps, devrait entendre cette colère qui sourd aujourd’hui sur les quais des gares avant de s’exprimer peut-être demain dans les urnes ?

1 septembre 2018

Suzanne Lipinska faite commandeur des Arts et des Lettres par Françoise Nyssen, ministre de la Culture


Suzanne Lipinska et Françoise Nyssen. © Jean-Charles Houel
Commandeur des Arts et des Lettres. Depuis hier, Suzanne Lipinska, présidente de l’Association culturelle du Moulin d’Andé, a rejoint ces centaines d’artistes : écrivains, comédiens, peintres, musiciens, cinéastes Français et étrangers que la République a souhaité honorer pour leur art ou leurs actions en faveur de la culture sous toutes ses formes.

Pour accomplir cette tâche symbolique, la République avait délégué Françoise Nyssen, ministre de la Culture et par ailleurs ancienne (future) éditrice de « Acte Sud ». Elle avait tenu à être présente malgré quelques vicissitudes auxquelles elle fit une allusion discrète dans son discours. La ministre était accompagnée du local Sébastien Lecornu, ancien président du conseil départemental, secrétaire d’Etat à l’environnement, orphelin depuis la démission de Nicolas Hulot.

La cérémonie avait lieu au Théâtre, lieu exemplaire s’il en est puisque c’est là que sont donnés concerts, surtout depuis 1983, et accueillis les séminaires des sociétés ou entreprises réalisant ainsi le vœu de « Suzon » de réunir le monde culturel et le monde économique. De nombreux amis avaient tenu à être présents à cette fête estivale magnifique. Des ami(e)s de longue date, des ami(e)s plus récent(e)s, tous et toutes admiratifs(tives) d’une œuvre humaine exceptionnelle et d’un lieu lui même favorable au développement des œuvres de l’esprit. François Loncle, ancien député et ami du Moulin, offrit à Suzon l’ensemble des lettres originales qu’il échangea avec les différents présidents de la République et ministres de la Culture, Jack Lang occupant une place essentielle.

Suzanne et sa décoration. ©JCH
Françoise Nyssen prononça un discours impeccable. Mêlant détails familiers et histoire d’un lieu où tant de grands noms se sont affichés un jour, un an, ou pour toujours. Elle n’omit pas, elle l’éditrice, de rappeler le souvenir de Maurice Pons, compagnon de 60 ans de vie au Moulin aux côtés de Suzanne, grand écrivain mais également artisan de l’accueil au Moulin d’opprimés ou de bannis par des régimes totalitaires et il n’en manque pas sur notre planète.

Suzanne, prônant une parole libre — ô liberté ! — répondit à la ministre sur le ton qui lui sied le mieux. Sans notes, nantie de sa seule mémoire qu’elle a immense, La maîtresse des lieux rappela comment ce lieu historique né au 12e siècle a traversé le temps et est devenu ce qu’il est. Un lieu dont elle exige, qu’après sa mort, il reste ce lieu de « tous les Possibles » afin qu’il ne devienne pas une banale étape sur la route de Giverny et du Château-Gaillard. Stanislas, l’un de ses petits enfants, devrait recevoir le flambeau dont la flamme servira de phare à tous ces jeunes créateurs(trices) qui, parfois, manquent de moyens matériels, pour exprimer le meilleur d’eux-mêmes. En conclusion des discours, « Stan » ne manqua pas d'insister sur le soutien des Institutions sans lesquelles l'équilibre de gestion ne pourrait être atteint. La roue du Moulin continuera donc de tourner pour quelques siècles encore…

29 août 2018

La vacance de Monsieur Hulot, le…chassé du gouvernement ?

Le poste ministériel de Nicolas Hulot est vacant depuis hier matin. Surprenant tout le monde (politique, médiatique, écologique) le ministre de la transition énergétique s’est fait la malle. L’ancien animateur d’Ushuaia a plus d’un tour dans son sac. Constatant que les chasseurs avaient plus de poids que lui lors de la réunion organisée avec le président, constatant qu’un lobbyiste amateur de chair fraîche était present sans avoir été invité (le quidam prétend le contraire) Hulot qui en avait déjà ras les chaussettes des Néonicotinoïdes, du glyphosate, de la disparition avérée de la biodiversité, de la canicule et des ours de Pyrénées s’est soudain rendu compte que gouverner sans pouvoir c’est une noce sans musique.

Alors, à quoi bon ? Pourquoi rester dans un gouvernement qui ne parle que de croissance, de déficit, de MEDEF, de CSG, en oubliant totalement le numéro 3 de l’équipe et les raisons de sa présence (Chirac, Sarkozy et Hollande avaient pourtant tout fait pour le récupérer) une présence justifiée par la lutte contre le réchauffement climatique et les progrès dans les énergies renouvelables. Tu parles Nicolas !

Hulot s’aperçoit qu’il est plus facile de renouveler un ministre que de limiter l’usage des énergies fossiles. Mais cela, on le savait déjà depuis que Travert, le ministre de l’Agriculture, avait quasiment gagné tous les arbitrages budgétaires sous l’influence de la FNSEA, un autre lobby aussi puissant que celui des chasseurs.

A ce sujet, je me suis rafraîchi la mémoire en écoutant la fameuse et 
édifiante chanson écrite par Henri Tachan et consacrée à la chasse et aux chasseurs.
Je l’ai sue par cœur puis, avec le temps comme dirait le grand Léo, je me suis surtout 
souvenu de ce passage-là : 
« Les soldats ça s'enraye, les soldats ça se rouille, c'est comm'e les carabines 
Le servic'e militair'e ça s'continue plus tard à coups de chevrotines : 
Pour le chasseur français y avait le perdreau boche ou le lièvre fellouze, 
Pour le chasseur franquiste l'anarchiste rouge-gorge et la chienne andalouse...  
La Chasse, C'est le défoul'ment national, c'est le p'tit Vietnam des frustrés, 
La Chasse, C'est la guéguerr'e permise aux hommes en temps de paix, 
De paix ?! » 
Exagéré ? Si peu…






27 août 2018

« Le Lambeau » de Philippe Lançon, chroniqueur de Charlie Hebdo, un livre à lire d'une traite.


On a dit que le 7 janvier 2015 à Paris était une sorte de 21 septembre 2001 à New York. Si le nombre de morts n’est pas comparable, le symbole est assurément équivalent. D’un côté les twin towers qui s’effondre avec 3000 personnes décédées et de nombreux blessés, d’un autre une équipe rédactionnelle et des dessinateurs assassinés le tout par des fanatiques liés à l’Islam radical. Déjà dans le passé les locaux de Charlie hebdo avaient été incendiés servant en quelque sorte d’avertissement. Des appels à la mort de l’équipe de Charlie circulaient sur les réseaux sociaux depuis des mois ! Enfin l’horrible survint.

Parmi les victimes de Charlie Hebdo, sont disparus : Cabu, Tignous, Honoré, Charb, Wolinski, sans oublier Bernard Maris, Franck, le policier garde du corps de Charb, et d’autres membres de la rédaction dont Elsa Cayat, psychiatre et psychanalyste. Certains s’en sont sortis avec de graves blessures. C’est le cas de Philippe Lançon, chroniqueur, donné pour mort, mais « ressuscité » grâce aux soins assidus d’équipes médico-chirurgicales expertes et compétentes.

Philippe Lançon est sorti laminé de ses trois années de soins, d’opérations de reconstruction de son visage cassé. Comme il est fondamentalement journaliste, qu’il sait écrire, réfléchir, interpeller son lecteur, Philippe Lançon, après avoir retrouvé ses esprit et son goût pour l’écriture, a d’abord envoyé ses billets pour Charlie Hebdo et Libération, mais cela ne serait rien ou si peu, face au livre témoignage qu’il a ensuite soigneusement parsemé de souvenirs, de cris et de larmes livre édité par Gallimard.

« Le Lambeau » puisque tel est le titre de ce livre émouvant, éprouvant, est un livre à lire d’une seule traite. Il n’autorise aucun répit, aucune inattention. J’ai imaginé la stupeur de l’auteur, son effroi, sa douleur. Perdre ses amis assassinés sous ses yeux, recevoir plusieurs balles d’AK 47 (si répandue dans nos villes), devoir affronter l’avenir qu’on voit sans lumière et sans certitude. Passer sur le billard, y repasser maintes fois, se reconstruire un visage, une philosophie de la vie, déambuler avec des gardes du corps, restituer une mémoire parfois morbide parfois cynique, voilà le travail qui attendait Philippe Lançon. Pour y faire face, il y faut des qualités personnelles sans doute exceptionnelles. Je ne connais pas Philippe Lançon. J’aimerais le rencontrer pour lui assurer à quel point son récit est rassurant sur l’âme humaine et sur la résilience dont parlent les psychanalystes. Cette résilience qui permet de ressouder des amitiés, de refaire société et de survivre au drame. Du surhumain quoi.