6 décembre 2016

La nomination de Bernard Cazeneuve à Matignon doit réjouir Marc-Antoine Jamet


Marc-Antoine Jamet et Bernard Cazeneuve. (photo JCH)
La nomination de Bernard Cazeneuve au poste de Premier ministre va faire un heureux. La proximité de l’ancien ministre de l’Intérieur avec Marc-Antoine Jamet ne pourra que conforter la place de Val-de-Reuil au plus haut niveau de l’Etat et quand bien même il ne resterait que cinq mois utiles pour aider la ville nouvelle, je ne doute pas un seul instant que l’entregent du maire lui permettra de tirer un profit maximum de cette complicité amicale.

Lors de la remise, place Beauveau, en février dernier, de la Croix d’Officier de la Légion d’honneur à Marc-Antoine Jamet, Bernard Cazeneuve avait évoqué, bien sûr, toutes les qualités humaines, professionnelles, politiques du récipiendaire, mais il avait surtout mis en avant l’efficacité d’un homme polyvalent en intelligence et en efficacité. Car Bernard Cazeneuve, élu local à Cherbourg depuis des années, sait reconnaître parmi ses pairs ceux et celles qui s’investissent au service de l’intérêt général et du service public.

En nommant Bernard Cazeneuve pour succéder à Manuel Valls à Matignon, François Hollande sait pouvoir compter sur quelqu’un de rigoureux, discret, compétent, apte à faire face à une opposition de droite remontée et à l’adversité comme il le démontra lors des attentats qui ont endeuillé la France. Il ne sera pas de trop pour empêcher le Front national de poursuivre sa progression et son influence. Surtout, Bernard Cazeneuve a annoncé son intention d'arrêter la politique active après les élections du printemps. Son désintéressement personnel sera donc total à l'égard des différents futurs candidats aux élections.

5 décembre 2016

Le referendum italien avec des tripes à la sauce Grillo mais l'espoir se lève à Vienne


Cet homme (au centre de la photo) a battu l'extrême droite à Vienne.
L’Italie a voté avec ses tripes. Des tripes à la sauce napolitaine puisque le Non au referendum d’hier a rassemblé les votes de l’extrême droite à l’extrême gauche. Il s’est même trouvé des membres du Parti démocrate de Mateo Renzi pour appeler à voter Non. Pourquoi parlai-je de tripes ? Parce que Beppe Grillo, le leader du mouvement cinq étoiles a osé proclamer au micro et donc publiquement la phrase suivante : « Je vous demande de voter avec vos tripes. Pas avec votre cerveau. » Car le cerveau est faible et plein d’idées toutes faites alors que les tripes, comme chacun sait, conduisent aux intestins et on sait comment cela finit. Quel homme délicat et élégant ce Grillo ! Vivement qu’on le voit à l’œuvre comme Premier ministre italien, surtout s’il est aussi bon et efficace que la maire de Rome ( !).

Voilà ce qu’est le populisme dans sa version la plus vulgaire et la plus méprisante pour le corps électoral. Voter avec ses tripes c'est oublier de réfléchir, dire non à tout, partout, tout le temps. Les populistes éructent, démolissent, salissent, abîment, détruisent. Là où un populiste passe, la démocratie ne repousse plus. Grillo, Le Pen, Wilder, Hofer, tous ensemble et chacun pris séparément tiennent le même discours : contre les élites, contre les gouvernants, hier contre les juifs, aujourd'hui contre les musulmans, contre les peuples eux-mêmes qui, parfois, leur prêtent la main en leur accordant leurs suffrages.

Heureusement, dans tous ces grands bouleversements, il arrive qu’une bonne nouvelle surgisse là où on ne l’attendait plus. A Vienne, par exemple, où un monsieur (écologiste soutenu par toute la gauche) de 72 ans, bien aidé par un réseau de bénévoles passionnés a battu le Le Pen autrichien à plate couture. 53,5 % contre 46,5%. Six points d’écart quand le premier tour avait placé l’extrême droite à quelques dixièmes de points de la victoire. Le pire n’est donc jamais sûr. Il faut, pour cela, de la conviction, de l’information et de la mobilisation. M. Alexander Van der Bellen, dans un contexte on ne peut plus difficile, a dominé de la tête et des épaules. Un grand inspirateur.

4 décembre 2016

Plutôt que leur victoire, Macron et Mélenchon souhaitent avant tout la défaite d'un socialiste


Le règlement de la primaire socialiste de 2011. (photo JCH)
Les primaires, qu’elles soient de droite ou de gauche, ont plusieurs vertus. Elles permettent de clarifier les lignes politiques. A droite, la ligne brutale et libérale de François Fillon a été plébiscitée face à celle d’Alain Juppé qui, même si elle n’avait rien de tendre pour le modèle social français, était jugée plus acceptable par une grande majorité de nos compatriotes. Au premier tour, cette primaire « de la droite et du centre, a permis de régler définitivement son compte à Nicolas Sarkozy dont les provocations et contradictions ont été massivement désapprouvées par les participants à cette primaire. Celle-ci a par ailleurs démontré que des candidatures extérieures auraient été condamnées. Quand l’alternance est au bout du processus, les desperados n’ont pas leur place dans une course de première catégorie.
Le paysage à gauche a considérablement changé avec le renoncement de François Hollande. Cette hypothèque étant levée, la primaire à gauche a dorénavant pour fonction essentielle de désigner le champion qui affrontera François Fillon et Marine Le Pen. J’ignore qui, aujourd’hui, aura le plus de chance de triompher si toutefois la victoire est encore possible. La campagne des primaires à gauche permettra, comme à droite, de juger les hommes et les femmes en compétition et leurs programmes ainsi que leur bilan puisque plusieurs candidats ont été ministres des gouvernements Ayrault et Valls. Et Mélenchon et Macron ? Ils ont fait le choix de partir en solo.

Jean-Luc Mélenchon, soutenu du bout des lèvres par les militants du PCF (1) et l’appareil communiste, n’a jamais caché qu’il était hostile à la primaire dite « socialiste » mais ouverte aux écologistes et aux radicaux de gauche s’ils le souhaitent. La France insoumise ne se soumet pas. Il fera donc cavalier seul et obtiendra, sans conteste, un succès d’estime. Avec Nathalie Artaud et Philippe Poutou, il se partagera le vote d’extrême gauche et de certains déçus du Hollandisme même si les sondages actuels (mais on sait ce que valent les sondages aujourd’hui depuis le Brexit, Trump et la primaire de droite !) lui donnent une avance sur les autres concurrents (sauf Macron). Une seule question se pose : Mélenchon a-t-il une chance de gagner la présidentielle ? Autrement dit a-t-il une chance de passer le premier tour et de se retrouver face à Fillon ou Le Pen au second ? Franchement — je peux me tromper — qui croit que Jean-Luc Mélenchon peut obtenir autre chose que la défaite d’un socialiste puisque c’est ce qu’il veut avant tout. Pour gagner la présidentielle, il faut réunir au second tour 50 % et quelques voix de plus que son adversaire du moment. Ce résultat potentiel exige un élan, une dynamique, une mobilisation en un grand mouvement des classes moyennes et populaires. Sans nier ses qualités de tribun, de meneur d’hommes et sans oublier qu’il n’est pas né de la dernière pluie, Jean-Luc Mélenchon possède-t-il les capacités de rassemblement indispensables à une victoire. Je suis au regret de constater que Mélenchon, par son agressivité, son ego surdimensionné, sa volonté de cliver en permanence, s’il est apte à réunir des foules en liesse, ne ratissera pas assez largement pour séduire les modérés de gauche sensibles à une recherche de compromis bien utile pour gouverner. L’idée de la constituante chargée d’écrire la constitution d’une future 6e République est-elle réaliste quand le tripartisme s’impose dans la France de 2017 ? On ne modifie pas une constitution avec 35 % des suffrages. Sauf situation révolutionnaire…

Emmanuel Macron se situe dans un autre registre. Celui du ni de droite ni de gauche, un créneau longtemps occupé par François Bayrou dont on ignore aujourd’hui quelle sera son attitude dans les semaines qui viennent. Lui aussi juge le programme de Fillon antisocial et dangereux. Affrontera-t-il le suffrage universel une cinquième fois ? S’il n’y va pas, Macron occupera tout son espace. Si je ne crois pas, par nature, aux vertus du jeunisme et du renouveau (cf. Bruno Le Maire et son piteux récent résultat) j’ai le sentiment que Macron fait illusion. La magie en politique demande qu’on explique les tours de passe-passe et qu’on comprenne ce qui se trame dans les coulisses. Pour qui Macron roule-t-il ? A qui s’adresse-t-il ? Si j’osais, je dirais : Macron, combien de divisions ? A part la division du PS, que cherche-t-il ? Avec Macron on est dans le brouillard le plus total. Vous me direz, Mélenchon et Macron jouent l’après mai 2017 et la recomposition inévitable à gauche si le candidat PS ne gagne pas et surtout s’il est éliminé au premier tour. Tout ça pour ça ?

Il reste une évidence : si la gauche ne s’unit pas au premier tour de la présidentielle, elle n’a aucune chance de figurer au second tour et donc d’être élue à la présidence. C’est ce que souhaitent certains à gauche. Il appartient aux électeurs(trices) éclairé(e)s de leur donner tort. Nous sommes en décembre 2016, l’élection décisive aura lieu dans cinq mois et demi. Un peu de patience…



(1) Les cadres du PCF avaient majoritairement voté contre un soutien à la candidature de Jean-Luc Mélenchon.

3 décembre 2016

Marc-Antoine Jamet : « François Hollande a préféré l'humilité à l'humiliation »


MAJ et François Hollande à Louviers. (photo JCH)
« Le Président de la République, en renonçant  à briguer un second mandat à la tête de l’Etat, a pris une décision politique lucide et courageuse, une décision personnelle difficile et douloureuse. Peu auraient été capables, face aux mêmes situations, d’en tirer la même conclusion. Dignité de la fonction, respect des citoyens, responsabilité de l’homme d’Etat, François Hollande, a tout pesé avant de se résoudre à cette solution. Continuer aurait été naturel ou normal. Renoncer exigeait de la force d’âme. Il appartient désormais à chacun, s’il a du cœur et de l’esprit, de la lui reconnaître. Revenons à sa motivation essentielle. François Hollande est un homme juste, honnête et sincère. A la différence de ses deux prédécesseurs, il ne termine pas son mandat sous le coup de multiples mises en examen. Il a donc jugé en conscience que, contrairement à d’autres, il ne méritait pas d’être désavoué par son pays et rejeté par son parti. Oui, il a préféré l’humilité à l’humiliation et il a eu raison.

Pourtant ce geste, si je le comprends, je le regrette. Au-delà des mots, le Président de la République a gouverné notre pays en cohérence avec les valeurs qui l’animaient, les engagements qui le guidaient, les promesses qui le tenaient : la justice sociale et l’égalité des chances, la solidarité, la liberté et la laïcité. Nous les partageons avec lui. La vie politique ne s’est pas arrêtée, par un petit matin glacial, au Bourget. François Hollande a un bilan qui, étrangement, commence à apparaître : sécurité sociale préservée, priorités — l’école, le logement, la santé — financées, société modernisée et nouveaux droits créés, sécurité renforcée, finances assainies, démocratie préservée, défense de l’environnement renforcée.

Sans doute se souviendra-t-on bientôt, alors que débute la prochaine campagne électorale, que le quinquennat qui s’achève devait être celui de « l’enfer ». C’est ainsi, avec réalisme, qu’un des candidats à la primaire de la Gauche, en 2012, peu de temps avant d’être « empêché » d’y participer, avait qualifié la période qui s’ouvrait. Il s’en était clairement expliqué. Crise de la dette, crise de l’Euro, crise du déficit, crise de l’Europe, rien ne serait facile pour celui, de Gauche ou de Droite, qui serait élu. Sans dynamique de croissance et sans création d’emplois, le pays était en miettes. L’Etat en faillite. C’est ainsi qu’il avait été laissé par la majorité précédente, son président et son « collaborateur ». François Hollande, sans doute, ne l’a-t-il pas dit et rappelé. A cela, qui suffisait, se sont ajoutés la guerre et le terrorisme. On reconnaîtra un jour le temps, la volonté et l’énergie que ces deux combats ont nécessité. Il a fallu faire face à la mort et à la souffrance. Il a fallu lutter contre la barbarie. Au Mali, en Irak, en Syrie, François Hollande a été ce rempart.

Mais notre démocratie n’était plus armée pour faire face à la multiplicité des problèmes intérieurs ou extérieurs qu’elle doit encore affronter. Passage au quinquennat, fin du cumul des mandats, émergence des primaires, décentralisation sans responsabilité et Europe sans âme, ont profondément changé, altéré, banalisé et dénaturé nos institutions. Au fil de réformes éparses et désordonnées, nous sommes arrivés à la fin d’un cycle. Notre pays n’a plus de constance, de cohérence, de cohésion. Il a perdu sa singularité. François Hollande en a payé le prix. Le manque de repères et la dilution de notre identité ont condamné le peuple au désarroi et c’est également une des causes qui a conduit son expérience au charnier.

Ce constat objectif ne peut cependant tenir lieu d’explication unique aux événements que nous vivons. Le sens commun, la foi en l’intérêt général, le dévouement au service public ont déserté. Les erreurs individuelles existent et ne se limitent pas à l’incompatibilité évidente entre la déchéance de nationalité et la France des lumières. La coexistence de deux politiques au sein d’un même Gouvernement s’est révélée - comment aurait-il pu en être autrement - mortifère. La fiscalité a laminé les classes moyennes, les salariés, ceux qui ont des revenus et pas de fortune, bien davantage que les plus favorisés. L’inversion de la courbe du chômage, exigence légitime de Florange, obligation face à une France qui n’en peut plus, est devenue le piège de l’Elysée. Tout n’a pas été fait. Tout n’a pas été essayé.

Pour autant, précisément face à ce drame qui dure depuis 1974, l’irresponsabilité collective, la préférence pour la polémique, la superficialité médiatique de la Gauche sont devenues tragiques. De certains de ses ministres, de ses collaborateurs et de ses camarades, le Président de la République  — c’est une part de son humanité — aura tout supporté : traitrises, ingratitudes, aventures personnelles, ambitions démesurées. Il n’aura été protégé que de deux choses : leur travail et leur loyauté. Une supposée déception, artificiellement proclamée, ne peut être la justification universelle de comportements infantiles et inadmissibles. Une partie de la classe politique, parce qu’elle est perpétuellement moquée, vilipendée et dévalorisée, n’est plus composée que d’ombres, d’apparatchiks ou de caricatures. Il n’y a rien à en attendre de grand ou de sublime. Il reste de la Vème République une démocratie divisée entre national-populisme, régression conservatrice et Gauche éclatée. A cette dernière, il appartient de se rassembler autour de l’idée de progrès et de la notion d’avenir. De se projeter, pas de reculer.

A François Hollande, alors que, souvent à droite et parfois à Gauche, hélas, résonnent des propos qui, au lieu de saluer celui qui va s’en aller, hésitent entre vulgarité et médiocrité, je veux simplement dire ma fidélité et mon amitié construites depuis notre première rencontre, entre fonctionnaires, voici trente ans exactement, mes remerciements pour la bienveillance dont il a continuellement fait preuve pour la commune populaire dont je suis le maire, ma reconnaissance pour l’attention qu’il a toujours manifestée pour la fédération du parti socialiste de l’Eure dont il suivait personnellement l’actualité, mon respect pour le travail qu’il a accompli pour notre pays. Je pense à son authenticité et à sa résistance, à sa fierté et à son élégance. Je pense, sans arrières pensées, à la joie éclatante qui fût la sienne et qui, voici cinq ans, devînt la nôtre, à la peine, dont, dépourvu d’amertume, mais avec une émotion réelle, il a fait preuve jeudi soir, et qui est encore, qui est aussi, aujourd’hui la mienne. »


2 décembre 2016

François Hollande n'aura-t-il été qu'un demi-président ?

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François Hollande à Val-de-Reuil
S’il fallait résumer la personnalité de l’homme Hollande, je retiendrais un acte : la demie grâce partielle accordée à Jacqueline Sauvage suite à la mort de son mari violent. Tout l’homme se trouve dans ce demi acte ! Jacqueline Sauvage ? Pas assez coupable pour 10 ans d’emprisonnement mais pas assez excusable pour être libérée sur le champ. A mon avis, si grâce il y a de la part d'un président, elle ne peut être que totale puisqu’il s’agit du pari de la réinsertion-réhabilitation dans la société des hommes et non d’une peine en rapport avec l’acte commis puisque que des juges l'ont sanctionné conformément au code pénal.

La présidence Hollande ne fut faite que de demi-mesures (1), d’avancées certes, de reculades aussi finalement conformes à la personnalité de celui qui ne faisait pas assez président, le plus souvent, même si parfois il sut se montrer à la hauteur notamment après les attentats terroristes. Il a reconnu hier soir avoir commis une erreur : la déchéance de la nationalité. Cette déchéance, ô combien combattue sur ce blog, était tellement contraire aux valeurs de la gauche, tellement inefficace pour lutter contre le terrorisme, que je ne comprends toujours pas comment François Hollande, fin connaisseur de la politique, a pu se laisser entraîner — lui et les parlementaires qui ont voté cette déchéance — par le duo Sarkozy-Le Pen sur cette pente plus que savonneuse. Ce fut un tournant dans le discrédit du président au sein de son propre camp.

Et l’affaire Cahuzac ? J’ai écrit, dès le 4 décembre 2012, quand Mediapart a sorti les frasques financières du ministre d’alors, que François Hollande devait agir vite et fort puisqu’il avait les preuves de la culpabilité de son ministre sous les yeux. Il a tergiversé, laissé Cahuzac mentir devant les députés. Il lui a même fallu plus de quatre mois pour démissionner son ministre alors que des ravages irrattrapables en terme de morale publique et d’exemplarité réduisaient à néant les belles promesses du candidat Hollande. Depuis, la gauche a perdu beaucoup de sa crédibilité quand elle a voulu mettre en cause Sarkozy, Balkany, et toutes les affaires : libyenne, Bygmalion, Azibert, Bettencourt…« Et vous, et Cahuzac ? »

Par lucidité, François Hollande renonce. Candidat, il allait au devant d’un massacre électoral pour lui-même, ce qui n’est rien, mais aussi et surtout pour la gauche et ceux et celles qui croient encore à la justice sociale, au progrès scientifique, à une démocratie réelle, un système éducatif égalitaire, ce qui aurait été beaucoup plus grave. La primaire qui s’engage à gauche — je rappelle que j’étais favorable à ces primaires (2) dès le départ malgré les moqueries et les sarcasmes — va opposer des visions de l’avenir fondamentalement différentes. Montebourg, Hamon et Valls (voire Taubira demain) symbolisent des lignes d’action politique, sans doute pas irréconciliables comme l’a affirmé imprudemment le premier ministre actuel mais aptes à permettre un choix de société face au projet brutal de François Fillon et aux propositions insensées de Marine Le Pen. Le renoncement de François Hollande est, peut-être, un mal pour un bien.

(1) Lors de la primaire de 2011, Martine Aubry avait déclaré à François Hollande à l'occasion du débat de second tour : « quand c’est flou c’est qu’il y a un loup. » Elle ne croyait pas si bien dire.
(2) Je n'ignore pas que Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et Emmanuel Macron refusent d'y participer. Ils s'excluent donc eux-mêmes d'un éventuel rassemblement anti-libéral.

1 décembre 2016

Le « coup d'état social » de Fillon mis au jour avec la réforme annoncée de notre système de soins


Laurent Mauduit, sur le site d’informations Médiapart, a consacré une longue enquête suite aux déclarations de François Fillon sur les modifications qu’il proposerait — s’il était élu président de la République — aux règles actuelles de la sécurité sociale. Cette sécurité sociale dit bien son nom : la « sécurité » permettant de se soigner et donc de prévenir ou de vaincre les maladies, celle qui assure une retraite à tous les salariés de France et de Navarre, « sociale » dans la mesure où les revenus ne conditionnent pas l’accès aux soins, qu’il s’agisse de maladies graves ou chroniques ou de traitements plus légers.

Sous l’influence déjà ancienne des groupes d’assurances et de certaines mutuelles, des politiques proposent de modifier sensiblement les règles actuelles issues des préconisations du Conseil national de la Résistance. Alexandre de Castries, proche conseiller de François Fillon, l’un des principaux dirigeants d’un groupe d’assurance français, a convaincu l’ancien Premier ministre d’inscrire dans son programme une révolution que Jean-Luc Mélenchon nomme « un coup d’état social. »

François Fillon propose de maintenir une sécurité sociale totale pour les longues maladies ou les maladies chroniques et d’inciter les Français à s’assurer une couverture nouvelle pour les soins et traitements considérés comme plus légers auprès des assurances privées ou de certaines mutuelles. Laurent Mauduit résume cette proposition en une formule bien connue : les pertes pour la sécurité sociale collective, les profits pour le privé ! Il s’agirait donc bien d’une vraie révolution de notre système de santé, une révolution également préconisée par le MEDEF d’autant que les besoins en prothèses : lunettes, prothèses auditives, dentisterie…seraient à la charge des patients, celles-ci étant considérées comme des outils de confort dépendant de choix individuels.

François Fillon a bien senti le danger de sa proposition maximaliste. Il vient de mettre de l’eau dans son vin (un peu) en corrigeant son tir d’origine et en soulignant que les plus modestes de nos concitoyens et les retraités (lesquels ?) ne seraient pas visés par les mesures nouvelles. L'article de Laurent Maudit démontre que le programme présidentiel de Fillon mérite d’être étudié à la loupe pour en décler les pièges et les chausse-trappes. Finalement, on doit rendre grâce aux élections primaires de droite ou de gauche. Elles permettent d’anticiper le vote décisif des prochaines présidentielles et de mieux savoir à quelle sauce les candidats voudront nous manger.

30 novembre 2016

Performances mathématiques : en France les filles sont meilleures que les garçons


Je publie ci-dessous un article paru sur le site www.touteduc.fr et reproduit avec l'aimable autorisation de ses animateurs.
« Les élèves français en terminale S souhaitant intégrer une CPGE scientifique ou ayant choisi la spécialité mathématiques ont des scores en mathématiques comparables à ceux des élèves russes ayant choisi la spécialité mathématiques et à ceux des élèves libanais, et figurent donc parmi les meilleurs. Il s'agit à chaque fois d'une proportion très limitée des jeunes de 18 ans, environ 3 %. C'est ce qui ressort des résultats de l'enquête internationale TIMSS 2015 advanced (Trends in International Mathematics and Science Study portant sur les connaissances des élèves qui se destinent à des carrières scientifiques, technologiques, d’ingénieur ou de mathématiques) dans neuf pays.
Si on considère l'ensemble des élèves de terminale S, soit plus de 20 % des jeunes de 18 ans, leur score est comparable à celui de la Slovénie et de la Norvège, inférieur à celui des États-Unis, de la Fédération de Russie (hors spécialité) et du Portugal mais supérieur à celui de la Suède et de l’Italie. Cette contre performance doit toutefois être relativisée : certains pays ont des politiques d'accès à cette filière beaucoup plus restrictives que la nôtre. « Les scores nationaux de TIMSS Advanced sont sujets à une incertitude statistique dépendant de l’erreur de mesure tenant aux échantillons utilisés », note d'ailleurs la Depp.
Le service statistique de l'éducation nationale souligne de plus que « les écarts de score sont réduits en France entre les élèves les plus performants et les élèves les moins performants (...) ce qui place la France parmi les pays les moins inégalitaires sur ce critère ». En revanche, « la France est le pays où la différence entre filles et garçons est la plus grande ». Elle note aussi que tous les pays « observent une baisse de leur score en 20 ans », mais que « la France est le pays qui accuse la plus forte baisse », là encore en considérant l'ensemble des élèves de terminale S. Ceux-ci figuraient pourtant dans le peloton de tête en 1995.
Des résultats plus moyens en physique
Ce n'était pas le cas en physique et les élèves souhaitant intégrer une CPGE ou ayant choisi la spécialité mathématiques ou la spécialité Physique-chimie figurent dans "le groupe médian" avec le Portugal, la Suède, les Etats-Unis, le Liban. Viennent en tête la Slovénie, la Fédération de Russie et la Norvège et dans le dernier groupe la France (pour l'ensemble des élèves de terminale S) et l’Italie. « La Suède est le pays qui accuse la plus forte baisse, mais la France, la Norvège et la Fédération de Russie accusent elles aussi une baisse significative du score en physique. »
Comme pour les mathématiques, l'écart entre les élèves les plus performants et les élèves les moins performants est limité en France, mais il est important entre filles et garçons. A noter que, hormis les États-Unis et la Fédération de Russie où la tendance est inverse, la plupart des pays ont évolué vers plus de parité en termes d’effectifs des filles et des garçons. « En France, en terminale S, le ratio est passé de 37 filles pour 63 garçons en 1995 à 47 filles pour 53 garçons en 2015. »
Ces évaluations sont réalisées sous l'égide de l'IEA (International Association for the Evaluation of Educational Achievement). Le site ici 
La note d'information "Les performances des élèves de terminale S en mathématiques - Évolution sur vingt ans" est téléchargeable ici,
La note d'information "Les performances des élèves de terminale S en physique - Évolution sur vingt ans" est téléchargeable ici


29 novembre 2016

Les évêques de France s'immiscent dans les débats parlementaires : un activisme troublant


Certains d’entre vous ont crié au scandale lorsque j’ai mis en cause François Fillon et son attitude à l’égard de l’interruption de grossesse. Alors que dans son livre « Faire » Il affirmait que l’IVG était un droit fondamental des femmes, il est revenu sur cette déclaration pour corriger son propos et affirmer sur les antennes d’Europe numéro 1 qu’il était « personnellement » contre l’IVG mais qu’il ne proposerait pas un changement de la loi. Il s’agit d’une promesse de campagne mais comme toutes les promesses ne sont pas toujours tenues qui dit qu’un jour, dans un contexte donné, l’éventuel futur président de la République ne sera pas contraint par des lobbies puissants tels que « Sens commun » de revenir sur la loi initiée par Simone Veil.

Cette question n’est pas seulement formelle. Elle a du sens. Pourquoi ? Parce que François Fillon est croyant, ce que personne ne lui reprochera. Que dans la sphère privée, il exprime sa foi et ses valeurs, très bien. La sphère publique a cependant des exigences beaucoup plus larges et implique un respect des opinions et des croyances différentes. C’est si vrai que la loi sur le voile démontre que cette sphère publique peut imposer des comportements induits par des choix personnels.

La question de l’IVG refait la une de l’actualité suite à la lettre que Mgr Pontier, président des évêques de France, vient d’adresser dernièrement au président de la République. Le prélat demande à François Hollande d’empêcher l’adoption par le Parlement d’un texte présenté en commission des affaires sociales et visant à autoriser la fermeture judiciaire de certains sites internet répandant de fausses nouvelles sur l’IVG, ces sites désirant dissuader les femmes en détresse de passer à l’acte. 

Il est rare que des responsables religieux s’immiscent dans la vie parlementaire au point de dénier aux députés, par exemple, le droit de légiférer comme bon leur semble. Cette intervention, au moment même où François Fillon vient d’être interpellé par Alain Juppé sur ses positions sur l’IVG, avec la réponse que l’on sait démontre que les opposants à l’IVG ne renoncent pas à modifier un jour la loi de liberté des femmes de mener à terme, ou non, leur grossesse.

Mes détracteurs reconnaîtront, s’ils sont de bonne foi, que cette coïncidence entre les déclarations de François Fillon lors de la primaire de la droite et du centre et la lettre des évêques de France exprime un activisme troublant. Je n’ai jamais dit autre chose.

Pour Claude Cornu, l'orthographe n'est pas seulement un jeu d'écritures


Lors d’une conférence récente donnée dans le cadre de l’université populaire que s’efforce d’animer la municipalité de Louviers, Claude Cornu, lui-même responsable du programme de conférences de la société d’études diverses de Louviers et sa région, a brossé l’histoire de l’orthographe, cette matière aussi mystérieuse que traumatisante pour de nombreux petits et grands Français.

Claude Cornu en action.
Savoir lire, écrire et compter compose le panel des instructions dites basiques. Mais l’orthographe, cette science qui se voudrait exacte, et que l’on enseigne pourtant très tôt, que de crimes on commet en son nom ! Les fautes d’accord, la présence de lettres étranges (le g de vingt, de doigt) des accents surprenants (le circonflexe) des conjugaisons complexes avec la concordance des temps…que de subtilités, de finesse, pour bien écrire une langue française inscrite dans la longue tradition aussi bien orale qu’écrite. Depuis des années, on cherche le moyen de simplifier notre orthographe au prix, parfois, de caricatures. Songeons que l’orthographe compose un ensemble de règles du jeu lesquelles, respectées par tous, permettraient de mieux comprendre et de mieux se comprendre. C’est comme en tout, il y a ceux qui apprennent les règles et les appliquent et ceux qui y dérogent, le plus souvent à leur corps défendant il est vrai.

En s’appuyant sur de nombreux textes lus lors de la conférence, Claude Cornu a su montrer comment, d’une orthographe phonique, le Français avait progressé de façon plus savante en tenant compte de l’origine latine des mots notamment. Il eût été étonnant d’entendre Claude Cornu, professeur agrégé de lettres classiques, accepter sans barguigner une simplification outrancière de l’orthographe. Sa complexité relative entre dans le champ des compétences acquises, fruit d’un long processus de mémorisation et de compréhension des règles pas si évolutives que cela même si l’usage a conduit l’Académie à quelques entorses… Ce qui est formidable dans l’orthographe, c’est la nécessité de la rigueur et de l’application. Une vraie école de bonne conduite de la langue. Quiconque ne se relit pas (ou s’il se relit, se relit trop vite) est condamné au jugement impitoyable des enseignants, des employeurs, des lecteurs. Car ce qui saute aux yeux, d’abord, c’est la faute d’orthographe glissée ici, oubliée là.

Pour étayer son récit et intéresser son auditoire, Claude Cornu s’est inspiré des grands auteurs que furent Ronsard, Vaugelas, Molière, Voltaire (souvent en délicatesse avec son époque et les académiciens) narrant comment au fil des siècles et en 1990, encore, les maîtres à penser et à écrire avaient édicté des conseils en forme d’ordres suscitant une polémique toujours actuelle.

En ce qui me concerne, je tente d’éviter au maximum les fautes d’orthographe même si je suis conscient que, de temps à autre, je peux ne pas être exempt d’erreurs. Mais quand on pense qu’à l’époque de Molière, grammaire se prononçait grand-mère, on comprend les quiproquos comiques engendrés par une écriture musicale aujourd’hui dépassée. En fin lettré, Claude Cornu a ravi les quarante personnes présentes. Elles ne se lassent pas d’apprendre, quel que soit leur âge et leur seuil de tolérance à l’égard de l’orthographe.
 

27 novembre 2016

Fillon ? Le meilleur candidat pour la gauche


On dépuille dans le bureau de centre ville à Louviers. (photo JCH)
Marine Le Pen n’a qu’à bien se tenir. Elle a en François Fillon un rival redoutable qui va faire mieux que de marcher sur ses plates bandes. Quand Elisabeth Lévy, Frigide Barjot, Charles Millon, pour ne citer qu’eux, se retrouvent au QG de l’ancien premier ministre de Sarkozy, c’est qu’une page du gaullisme social est en train de se tourner. Nous avons en Fillon un digne représentant de la droite éternelle et conservatrice contre laquelle s’engage une lutte idéologique au moins égale en degrés à celle qui nous oppose depuis toujours au Front national.

Quand Fillon avait déclaré qu’il voterait « pour le moins sectaire » si un candidat FN affrontait un candidat de gauche, cela faisait longtemps qu’il avait remisé au fin fond de sa cave le souvenir de Philippe Seguin, un homme qui jamais, ô grand jamais, n’aurait mis sur le même plan un membre du Front national et un socialiste voire un communiste. Seguin savait heureusement, lui, faire la différence entre un républicain et un faux nez de l’extrême-droite, il savait faire la différence entre Jaurès-Blum-Mendès France et Pétain-Le Pen Jean-Marie ou Marine.

Finalement, tout bien pesé, et à chaud, Fillon est le meilleur candidat possible pour la gauche. Son programme économique et social est tellement caricatural, tellement inapplicable en l’état, tellement excessif, que les futurs candidats de Gauche peuvent d’ores et déjà affuter leurs arguments. Il sera temps, dans les semaines qui viennent, de reprendre un à un les éléments du programme de Fillon. Ce soir, réjouissons-nous d’avoir à  mener un combat noble et digne contre un adversaire, démocrate sans doute, mais soutenu ce week-end par une France âgée, riche, accrochée à ses lunes, peu partageuse et, surtout, tournée vers le passé. C’était mieux avant ! Tel sera le slogan d’un Fillon dont le succès inattendu du premier tour lui a permis de terrasser Sarkozy le maudit et Juppé « le meilleur d’entre nous »…selon Jacques Chirac qu’on finira par regretter. C’est dire.