13 janvier 2017

Les vœux de Marc-Antoine Jamet : un solide bilan mais attention aux années de vaches maigres

Marc-Antoine Jamet lance une alerte rouge pour la démocratie.
 Hier soir, le département de l’Eure était en alerte rouge. Le vent soufflait fort. La tempête a même atteint la scène de l’Arsenal de Val-de-Reuil (1) sur laquelle Marc-Antoine Jamet se produisait dans son show annuel, spectacle suivi par plus de 500 personnes assises et debout. Tempête est bien le mot dans la mesure où l’année 2017 sera placée sous le signe des bourrasques électorales et financières notamment pour les collectivités locales.

La présidentielle et les législatives intéressent au plus haut point le maire de Val-de-Reuil. Le lieu et le moment ne se prêtaient pas à l’expression des états d’âme. On a compris pourtant qu’il aurait voté pour un Hollande-candidat « qui a beaucoup fait pour Val-de-Reuil » (2). Il patientera pour manifester publiquement son choix du futur candidat de la gauche « belle alliance ». Quant aux législatives, MAJ a dressé un état des lieux regrettable, les postulants, à droite notamment, étant quasiment tous issus des appareils, des cabinets et des antichambres parlementaires : « Où sont les chefs d’entreprises, les avocats, les journalistes…» Il aurait pu ajouter : « et les salariés des entreprises, et les commerçants, et les femmes » !

Faire mieux avec moins. Ce remède de grand-mère, selon l’expression du maire rolivalois s’imposera à tous les élus locaux cette année. Car l’argent public se fait rare, il se fait cher. Chaque euro devra être un euro utile. « Depuis 17 ans, nous n’avons pas augmenté les impôts et en 2017, notre résolution sera la même. » Le contexte global a changé, malheureusement pour Val-de-Reuil : La Région, le Département, la CASE sont à droite. Val-de-Reuil ne sera donc plus l’enfant chéri. Les oreilles de Bernard Leroy, président de l’agglomération Seine-Eure, présent au premier rang pour écouter MAJ, ont forcément sifflé. Surtout quand Marc-Antoine Jamet plaide pour une fusion de l’ensemble des communes de l’agglomération ou à tout le moins pour des rapprochements évidents et les économies d’échelle qui iraient avec : « Vironvay avec Heudebouville, Louviers avec La Haye-le-Comte et Incarville, Saint-Pierre avec Saint-Etienne, le Vaudreuil avec Val-de-Reuil…» le bon sens est souvent iconoclaste. A moins qu’il ne soit en avance sur son temps. Il faut comprendre le maire rolivalois. Il a le droit de s’attendre, par exemple, à plus de considération de la part de l’exécutif de la base de loisirs de Léry-Poses puisque les investissements se font pour partie sur le territoire de Val-de-Reuil ou de Poses dont le maire est également exclu des orientations majeures. Il sait que des logiques politiques désuètes ne lui donneront pas raison.

En 17 ans de gestion, Marc-Antoine Jamet et ses équipes ont sensiblement amélioré l’image, la vie des habitants et des associations, l’importance des entreprises de Val-de-Reuil. Près de 1000 inscriptions nouvelles sur les listes électorales en 2016, 250 naissances (pour 50 décès) un développement économique considérable (malgré 1600 chômeurs) une qualité d’équipements collectifs et publics favorisée par le choix d’hommes de l’art talentueux, des résultats scolaires remarquables avec un bémol toutefois dû à l’arbitraire d’un Sébastien Lecornu (président du conseil départemental) obstiné à vouloir fermer l’un des deux collèges de la ville créant ainsi une friche urbaine du plus mauvais effet. La résistance acharnée des Rolivalois (élus, parents d’élèves, enseignants, citoyens…) parviendra-t-elle à modifier le jugement partisan d’un fillonniste récemment converti ? Faudra-t-il accepter sans sourciller que Michel de Montaigne capte les « bons élèves » et Alphonse Allais « les moins bons » alors que la mixité sociale à tous les niveaux de la vie a été érigée en dogme dans cette ville où 63% des logements sont classés comme sociaux contre 93% il y encore peu d’années ? Marc-Antoine Jamet a intégré le fait que l’argent public étant devenu rare, il lui faudra se tourner vers le privé avec ses exigences et ses garanties. Le privé, il connaît. Les bailleurs et les promoteurs prouvent qu’ils ne tournent pas le dos à Val-de-Reuil. Les prix des terrains à bâtir et les maisons « à revendre » affichent des niveaux bien meilleurs qu’à une certaine époque, là encore « le changement c’est maintenant. »

Si la force de Val-de-Reuil réside en une fonction publique compétente et adaptée aux besoins administratifs, techniques, scolaires, sportifs, associatifs, en une capacité d’innovation et d’exigence architecturale, il n’en reste pas moins que le point noir de la ville c’est son commerce ou plutôt son absence de commerces. Des projets sont dans les cartons et d’autres sur le point d’être lancés. Marc-Antoine Jamet ne veut pas déshabiller Pierre pour habiller Paul. Il veut des équilibres à la fois en nature de commerces et en situation géographique dans la ville. La création de nouvelles voies ne doit pas s’accompagner d’un boum de proximité entraînant une perte d’activité en d’autres endroits de la ville. L’harmonie demeure le maître mot. D’où la demande insistante des élus rolivalois pour que l’aménagement autoroutier prévu à Heudebouville et Criquebeuf (A 13) par la SAPN et l’Etat n’oublie pas de supprimer les aberrations locales et les péages qui vont avec. (3)

La conclusion du maire — après qu’il a souhaité une année de bonheur à tous et toutes — s’est teintée d'un lyrisme inquiet. Les agglomérations et autres métropoles au sein desquelles les élus ne sont pas désignés au suffrage universel direct, éloignent les décideurs des citoyens. Les mairies, les églises et les beffrois ne sont plus ce qu’ils étaient. Et pourtant, si les poubelles ne sont ramassées en temps et en heure, les habitants accusent les maires d’impéritie quand bien même les responsabilités sont ailleurs. Il faudra bien, un jour, revoir le mille-feuilles territorial et le mode de désignation des exécutifs. On peut comprendre que pendant la phase de création, le volontarisme ait pris le pas sur la participation des citoyens. Cela ne pourra pas durer. Les seuls à profiter de cet état de fait étant les populistes toujours prompts à jeter de l’huile sur le feu. L’avertissement du maire de Val-de-Reuil doit être pris pour ce qu’il est : une alerte rouge pour la démocratie.

(1) La programmation de l'Arsenal est d'une haute qualité culturelle.  
(2) L'Agence nationale de rénovation urbaine n'a pas oublié Val-de-Reuil, souvent prioritaire.
(3) Entrée à Incarville et sortie à Val-de-Reuil.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Il faut en effet saluer l'Arsenal et sa programmation théâtrale et chorégraphique, seule scène de l'agglomération, voire du département qui fait sens en s'inscrivant dans la politique culturelle ambitieuse de Val de Reuil.
On ne peut que regretter que Louviers se détourne définitivement de cette volonté avec sa politique du "tout et du n'importe quoi" en la matière.
P.H.D.