27 février 2015

« Quelques-uns des salopards qui organisent le pillage des pays endettés en prétendant les sortir de la crise ont désormais un nom et un visage »


« Heureusement pour nous, il n’y a pas sur le petit écran que ce triste sire de Calvi et sa clique de copains foireux avec leurs débats mironton. Il y a aussi ARTE et son magazine Thema. Et ce mardi 24 février, il ne fallait manquer Thema sous aucun prétexte. L’Europe et ses plans d’austérité en étaient le sujet. Et le premier document intitulé : « Puissante et incontrôlée : la troïka ». C’est de celui-ci dont nous parlerons.
Albert Jaegerl

Au moment où s’engage l’épreuve de force entre le nouveau gouvernement grec d’Alexis Tsipras et l’Union européenne représentée par ce qu’on appelle la troïka, c’est-à-dire l’organe regroupant trois institutions : le FMI, Fonds monétaire international, la Commission européenne et la BCE, Banque centrale européenne, il n’est pas inintéressant d’en savoir un peu plus sur le sujet. Plus qu’habituellement avec les soi-disant vérités orientées, répétées comme des mantras à longueur de journée dans les journaux télévisés et les radios des chaînes publiques ou privées. Et ce qu’on y apprend est proprement sidérant.

Par ailleurs, Émilie Aubry, présentatrice du magazine, avait invité comme observateur l’immense réalisateur franco-grec Costa-Gavras dont la parole trop rare n’en avait que plus de portée.

Le journaliste allemand Harald Schumann — au physique, une sorte de Jean-Charles Houel — a mené pendant plus d’un an une enquête remarquable sur les agissements de la troïka dans tous les pays où elle est intervenue : Grèce, Portugal, Irlande et Chypre. Des pays victimes du surendettement auxquels la troïka a imposé ses remèdes de Diafoirus : les fameux programmes d’ajustements structurels. Car dans tous ces pays sans exception, le remède a été pire que le mal : loin de s’améliorer, leur situation n’a fait qu’empirer.

Songeons un instant que la Grèce en est aujourd’hui réduite à devoir accepter l’aide humanitaire internationale, comme un quelconque pays sous-développé du tiers-monde parce que nombre de gens n’y mangent plus à leur faim ou ne peuvent se faire soigner faute de médicaments. Et qu’il en meure tous les jours pour cette raison. Que près de 3.000.000 de Grecs n’ont plus aucune couverture sociale ; que le nombre des médecins hospitaliers est passé de 5.000 à 2.000 en trois ans ; qu’on estime à plus de 4.500 le nombre des suicides survenus depuis la mise en œuvre des plans d’austérité de la troïka ; que les salaires et les retraites ont baissé d’environ 30% ; que 60 % des jeunes sont au chômage, etc. Qu’est-ce donc que cette Europe-là ?

Et, toujours en Grèce, sans que soit combattue l’évasion fiscale et les fraudeurs dont plus de 2.000 des plus importants ont été identifiés (l’équivalent du montant de la dette grecque serait à l’abri dans les banques suisses), sans que soient mis à contribution les armateurs et le clergé depuis toujours exonérés de l’impôt, le remboursement effectif de la dette a été mis à la charge des plus pauvres et des classes moyennes. Ceci par les fonctionnaires de la troïka, technocrates désincarnés n’ayant aucun compte à rendre aux populations qu’anéantit la violence inouïe des mesures imposées. Parfois même dans le déni total des traités européens, lorsque la troïka exige au motif de la compétitivité l’abaissement du salaire minimum et des pensions, ou encore anéantit le dialogue social en imposant l’effacement des conventions collectives, comme au Portugal.

Jorg Asmussen
Mais aussi quand, faisant appel à des organismes privés pour les mettre en œuvre, elle dresse la liste et organise les privatisations dans des conditions scandaleuses laissant clairement supposer favoritisme et corruption. Qu’il s’agisse du patrimoine et des richesses des pays : eau, énergie, transports, des ressources naturelles : mines, forêts, îles, bords de mer, des infrastructures : ports, aéroports, ponts, autoroutes, des banques, etc. Tout y passe. Ce transfert à des intérêts privés, le plus souvent à vil prix, du patrimoine collectif constituant les richesses de ces pays est un véritable pillage. Il signifie leur ruine, l’impossibilité pour eux de sortir un jour de leur endettement et le sacrifice des jeunes générations contraintes à l’exil.

Thomas Wieser
De ces politiques iniques, décidées depuis New York par le FMI de DSK puis de Christine Lagarde, depuis Berlin par le gouvernement d’Angela Merkel et son ministre des finances Walter Schauble, depuis Bruxelles, par la Commission européenne de José Manuel Barroso puis de Jean-Claude Juncker, soutenue par sa majorité libérale au parlement de Strasbourg (constituée de l’alliance des partis de droite et des socio-libéraux du Parti socialiste européen), quelques-uns des exécutants sont donc à présent clairement identifiés. Comme Thomas Wieser, président du groupe de travail de l’Eurogroupe, Jörg Asmussen représentant de l’Allemagne à la BCE, Albert Jaeger, représentant du FMI au Portugal, idéologues cyniques et bornés, incapables d’ouvrir les yeux sur les conséquences tragiques qu’engendrent leurs décisions arbitraires et sans appel imposées à des gouvernements impuissants sur lesquels ils exercent leur ignoble chantage.

Costa-Gavras l’affirme : ces gens-là feront tout pour faire échouer Alexis Tsipras. Ils n’ont que faire des peuples, de l’intérêt général et de la souveraineté des États qu’ils piétinent et mettent en coupe réglée au seul bénéfice de quelques-uns, notamment les grands groupes multinationaux et les hedge-funds de la finance internationale qui n’en finissent pas d’étendre leur pouvoir sur le monde.

À voir impérativement ou à revoir en replay, comme on dit en bon français. »


Reynald Harlaut

2 commentaires:

Bernard Parisot a dit…

D'accord avec Reynald. Et puisqu'il mentionne Costa-Gavras, je cite (de mémoire, donc approximativement) sa conclusion, juste en fin de la soirée Théma: "Je suis d'accord avec une Europe culturelle, politique, démocratique. mais sûrement pas avec cette Europe économique".

Anonyme a dit…

Un excès de confiance en moi m’a fait prénommer Walter le sympathique ministre allemand des finances Wolfgang Schäuble. J’espère que ce brave homme, qui semble particulièrement se réjouir de la présence de son nouveau collègue Varoufákis au sein de l’Eurogroupe, aura suffisamment d’indulgence envers moi pour me pardonner d’avoir commis une aussi regrettable erreur.
Reynald Harlaut