16 novembre 2014

Nous descendrons dans la rue si, par malheur, Sarkozy voulait abroger la loi Taubira


Nous défendrons la loi Taubira par tous les moyens légaux.
Non, il n’a pas changé. Et le Sarkozy de demain sera peut-être pire que le Sarkozy d’hier. Face aux partisans de son parti (l’UMP) rassemblés en sous-groupe de la Manif pour tous, l’ancien président de la République a cédé aux délices de l’ovation et de la pression de la foule : il a annoncé que la loi Taubira, autrement dit la loi sur le mariage pour tous, serait abrogée s’il revenait, avec la droite, au pouvoir.
Autrement dit, si par malheur, Sarkozy redevenait président de la République, le débat qui a fait descendre dans la rue des Français et des Françaises hostiles au droit à la différence et à l’égalité, reprendrait de plus belle avec ses excès, ses colères, ses manifestations. Certes, on ne trouverait pas les mêmes dans les manifs. Mais Sarkozy peut d’ores et déjà être certain que des centaines de milliers de Français sont prêts à battre le pavé pour l’empêcher de commettre une faute uniquement dictée par des impératifs opportunistes.
Ce scénario noir, s’il est possible, n’est pas probable. Franck Riester, député UMP, favorable au mariage homo, considère les déclarations de Sarkozy, hier soir, comme des provocations inutiles destinées à satisfaire les plus extrêmes de la droite. Le fait est qu’il les a tenues, fidèle à son image d’agitateur permanent, poussé à « la faute » par une foule déchaînée insatisfaite des propos pourtant largement excessifs de Sarkozy précisant que la loi Taubira devrait être revue de fond en comble. « Abrogation, abrogation ! » scandaient-ils tous.
Constatant l’effet dévastateur possible de cette promesse d’abrogation, des députés UMP ont dû réagir à chaud sur les plateaux télé ? Un dénommé Fasquelle travaillerait même sur un nouveau texte de loi « respectant la liberté de chacun mais visant à interdire la filiation. » Autrement dit, la droite Sarkozyste annonce dès maintenant que les couples homos auront droit à un PACS « amélioré » mais se verront interdire l’adoption ou la PMA (procréation médicalement assistée) car un enfant « c’est un père et une mère. »
La société française est pourtant aujourd’hui, largement en faveur des droits nouveaux accordés aux homosexuels et transsexuels. Après des semaines et des mois de protestation, des heures et des heures de bataille juridique à l’Assemblée nationale finalement gagnée par la gauche, Sarkozy annonce que la droite a été trop longtemps frileuse sur les problèmes de société et que cela doit cesser ! Est-ce une raison pour faire son retour dans l’arène politique sous le signe de l’exclusion ? Il s’agit de sa première grosse faute politique. Paul Bismuth aurait dû y réfléchir à deux fois avant de céder aux penchants de ceux et celles que Victor Hugo décrivait ainsi : « Ah le peuple est en haut mais la foule est en bas. »

1 commentaire:

Philippe Kuntz a dit…

Face à cette nouvelle provocation de Nicolas Sarkozy, il ne faut pas oublier les propos encore plus catégoriques d'Hervé Mariton tenus le même jour sur le même sujet... ou même les propos faussement plus "ouverts" tenus par Bruno Le Maire (oui au mariage pour tous mais non à la filiation pour tous...).
François Hollande a eu raison de rappeler ce matin qu'en sa qualité de Président de la République, sa priorité restait de rechercher les voies de l'apaisement. Mais il a aussi rappelé la légitimité des responsables politiques et de leurs formations à nourrir le débat.
Le problème est qu'on entend bien aujourd'hui le discours décomplexé de la droite, éternel relai des familles conventionnelles et des forces conservatrices... mais que les responsables politiques de la gauche et de leurs formations restent sans voix dans ce prolongement du débat.
Or, vouloir apaiser les choses c'est tout sauf se contenter de ce que l'on a à moitié entrepris seulement : si la Droite peut se faire, haut et fort, le relais de tous les comportements hétérosexistes aujourd'hui, c'est bien parce que le problème de la filiation a été craintivement abandonné par la gauche en cours de route (ajournement sine die de la loi famille).
Personne ne pourra empêcher des couples homosexuels stables de vouloir et d'avoir des enfants, et c'est bien aux responsables politiques de mesurer ce à quoi conduit la prohibition, chez nous, de pratiques de procréations autorisées dans bon nombre de démocraties qui nous sont proches, tant au plan de la géographie que des valeurs : à un modèle de procréation marchand et clandestin, échappant à tout contrôle. Est-ce ce modèle là que nous voulons pour nos enfants ?