2 juin 2014

Après les Européennes, le FN veut faire fructifier sa petite entreprise du malheur


Pendant le dépouillement du bureau 6 à Louviers. (photo JCH)
Il est impossible de ne pas revenir, même sans dramatiser à l’excès, sur les résultats du second tour des élections européennes en France et dans l’Eure. Avec un taux de participation faible mais conforme à ce type d’élection, le vote défouloir a joué à plein. Depuis la quasi disparition du Parti communiste des écrans de la protestation crédible, c’est le Front national qui gagne. 

Qu’a gagné le parti « fasciste » français comme l’appelle Wolfgang Schaüble, l’un des ministres d’Angela Merkel ? Il gagne en notoriété ; la famille Le Pen tire les marrons du chaudron en faisant élire le père et la fille ; il obtient 24 élus dont on sait qu’ils ne feront rien de positif à Strasbourg sinon de demander la sortie de l’Euro et la création d’un rideau de fer aux frontières. Il continuera de tenter de faire fructifier sa petite boutique du malheur. Les Français, eux, ne gagneront rien avec ces chemises noires relookées à la laïcité de circonstance et aux sentiments républicains de façade. Comme aurait dit Coluche, les élus FN ne feront pas avancer le schmilblic européen d’un centimètre.

En face, excepté les centristes attachés à leurs 10 %, le paysage est dévasté. Les écologistes perdent la moitié de leurs suffrages par rapport à 2009, le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon, malgré une campagne anti-PS d’une grande violence, ne recueille pas les fruits du mécontentement populaire, mais à gauche, c’est le PS et son allié PRG qui boivent la tasse. La dramatique situation de l’emploi n’est pas la seule raison de cet échec historique. Déjà, lors des municipales, les Français avaient montré le bout de l’oreille : ce président-là ne rassure pas, il ne fait pas président, c’est tout bête (1). Sa déclaration au lendemain des Européennes était affligeante. Le vide sidéral. Un proche du pouvoir a même assuré que François Hollande « avait parlé pour ne rien dire ». Il aurait mieux fait de se taire.

Dans l’Eure, le PS a été victime d’une double sanction. La sanction nationale évidemment et la sanction régionale illustrée par la présence de Marine Le Pen elle-même sur la liste FN. Il est évident que sans elle en tête, le FN aurait fait un moins bon score. Mais au-delà, je remarque que l’Eure n’avait aucun représentant sur la liste PS-PRG quand la Seine-Maritime en avait trois, que la personnalité intrinsèque des candidats n’est pas en cause puisqu’on n’en connaissait aucun sauf Claude Roiron venue dans notre département à plusieurs reprises. Il faut chercher l’erreur ailleurs. Gilles Pargneaux, tête de liste PS ? Qui le connaît dans l’Eure ? Quand la locomotive est aussi invisible que le wagon de queue, les passagers hésitent à monter à bord de la rame.
Je reste persuadé, contrairement aux calculs à la petite semaine des stratèges de la rue de Solférino, qu’une liste nationale conduite par un vrai leader, européen et convaincu, aurait permis au PS de limiter les dégâts. Il n’y a qu’en France qu’on a voté dans des circonscriptions totalement artificielles, ne répondant ni à des critères historiques, ni à des contraintes géographiques. Et tout cela a été imaginé en 2004 pour empêcher le FN de gagner ! Quelle erreur. Quand la vague déferle, elle rompt les digues les plus hautes.

Et la droite ? Avec 20 % des voix, le principal parti d’opposition ne réussit pas à l’incarner. Les ténors anti-Copé l’attendaient au virage et l’explication de texte est en cours. Fausses factures, surfacturations, arrangements entre amis, campagne de Sarkozy payée par Copé (mais aucun d’entre eux n’était au courant…) numéro éploré de Lavrilleux, dès le lendemain de l’élection (2) et puis finalement nomination du trio d’anciens premiers ministres pour préparer le congrès d’octobre et tenter de barrer la route à Sarko, déjà dans les startings blocks. L’automne sera chaud à l’UMP surtout si les affaires en cours prennent un tour judiciaire avec un Sarko en vedette de « chantons sous la pluie et tentons de passer entre les gouttes. »

Un sondage paru hier matin dans le JDD indique que 85 % des Français n’ont pas confiance dans les partis politiques. Face à cette avalanche de mauvaises nouvelles pour la démocratie, où se situe la lueur d’espoir ? Dans une information libre, sans tabou, sans influences ni connivence.

(1)   Nous étions nombreux à soutenir Martine Aubry lors de la primaire socialiste. Les préventions contre François Hollande se confirment à l’usage.
(2)   Jean-Paul Gauzès, 3e sur la liste UMP de notre région nord-ouest et non élu demande la démission de Jérôme Lavrilleux du parlement européen.

Aucun commentaire: