3 octobre 2013

Le NPA présente sa liste aux élections municipales de Louviers. Avec quelles conséquences ?


Pas question de réaliser de liste d’union à gauche pour le NPA, qui assure avoir « étudié toutes les options. Mais avec la politique de Hollande que l’on ne soutient pas, ce ne serait pas cohérent de venir travailler avec le parti socialiste »(1). Voilà qui a le mérite d’être clair. Les responsables lovériens du Nouveau parti anticapitaliste (2500 adhérents au plan national) ont donc décidé de présenter une liste au premier tour des prochaines élections municipales. Avant d’étudier les conséquences pratiques de ce choix, rappelons que le NPA avait obtenu plus de 10 % des suffrages au premier tour des municipales de 2008 et un élu lors du second tour. Ainsi, Sophie Ozanne, d’abord, et Philippe Thouement, ensuite, ont-ils siégé au conseil municipal dans une opposition de gauche multiple puisque comprenant des membres du NPA, des membres du PS et du PCF. Je n’oublie pas les représentants de l’UMP mais que je sache, les conseillers de ce parti ne sont pas de gauche.
Pourquoi le NPA a-t-il décidé de présenter une liste ? Pour faire comme d’habitude, d’abord, puisque depuis plusieurs élections municipales, il fait cavalier seul. Pour espérer attirer à lui, ensuite, un maximum d’électeurs de gauche, les leurs et des sympathisants socialistes ou autres, mécontents — à tort ou à raison — du gouvernement actuel et de la présidence Hollande. Si le PS ne s’allie pas avec Martin, il aura un adversaire de plus à gauche rendant sa tâche compliquée et s’il s’allie avec le maire sortant, le NPA aura beau jeu de dénoncer le reniement des socialistes à leur volonté de changement à Louviers et à la CASE du moins sur les bases passées. Les dirigeants locaux du NPA jouent donc sur du velours.
Et pourtant, ce sont les mêmes qui, sans cesse, proposent des actions communes, originales, singulières, sur les sujets les plus divers susceptibles de rassembler des militants unis par des idées partagées. Contre le Front national par exemple. Ce sont les mêmes qui demandent (exigent parfois) des actions, des votes, des lois, que seuls des élus de gauche et majoritaires peuvent leur accorder puisque le NPA ne siège pas à l’Assemblée nationale, ni à la CASE, ni dans les exécutifs locaux. Et qu’il n’a ni l’espoir ni le vrai désir de devenir majoritaire par la grâce du suffrage universel. Alors, à quoi bon ?
Prenons l’exemple de la loi Florange…ou loi M-Real. Cette loi vise à contraindre des dirigeants d’entreprises à chercher des repreneurs avant de mettre la clé sous la porte. Elle vient d’être adoptée par l’Assemblée nationale, après avis et propositions de corrections par le Conseil d’Etat. Le NPA était très demandeur de cette loi (eu égard à son fort engagement dans la lutte des salariés de M-Real pour conserver leur emploi) mais il la juge trop timorée à son goût alors qu’une loi plus dure aurait été retoquée par le Conseil constitutionnel, le droit de propriété étant garanti par la déclaration des droits de l’homme et la Constitution. Voilà bien le conflit entre la réalité légale et constitutionnelle et les cris d’orfraie poussés par ceux qui déclarent avoir honte des députés socialistes de l’Eure. Rien que cela.
Prenons un second exemple : le retour des DSP (2) en régie directe. Seule une majorité d’élus de la CASE pourra voter cette dorénavant évidente mesure, bonne pour l’économie, satisfaisante pour les usagers, utile pour la qualité de l’eau. Le NPA seul ne pourra rien. Il faudra donc que des socialistes, des Verts, des sans parti acquis à la cause de l’usager soient majoritaires pour ne pas renouveler (en 2017 et 2021) les conventions liant la CASE à Véolia.
Mais le NPA exclut tout de même de s’allier localement avec des socialistes parce qu’il ne soutient pas Hollande ! Moi qui pensais — à tort — que les solutions locales primaient sur les mots d’ordre nationaux. Moi qui croyais que les actions conduites ensemble sur le terrain et dans le quotidien concret prenaient le pas sur la politique partisane ou politicienne.
Le NPA a évidemment le droit de présenter sa liste. Cette décision, par ailleurs, n’enlève rien à l’estime que je porte à certain(e)s de ses membres pour leur courage moral et physique et pour leur engagement désintéressé. Mais leur décision complique simplement la tâche de ceux qui souhaitent faire aboutir des projets plus sociaux, moins coûteux, plus respectueux de l’environnement. Là où Martin a raison, c’est quand il dit que si un accord ne se fait pas au premier tour, il est exclu de le réaliser au second. Question de cohérence justement.
(1) lu dans « Paris Normandie » d'hier.
(2) DSP : délégations de services publics. Eau, transports, assainissement, élimination et traitement des déchets…

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Une réaction pour le moins amère, ce qui est fort compréhensible de la part d'un militant du PS. Mais ce que tu ne mesures manifestement pas, c'est l'ampleur de la déception que suscitent les choix et les reniements du gouvernement que tu soutiens. François Loncle est très fier d'avoir voté la loi "compétitivité emploi" (ANI), il me l'a dit sur notre stand à la Saint Michel. Il est très content d'avoir voté les lambeaux de ce qui reste du projet de loi M-real, ce dont je lui ai répété qu'il devrait avoir honte. Il s'assied sur la démocratie interne de votre parti en déclarant dans la presse la semaine d'après votre vote interne que pour lui de toute façon il faut s'unir à Franck Martin.... Alors, en effet, nous en tirons nos conclusions: alors que ce sont les tristes sbires de l'héritière Le Pen qui engrangent la récolte de colère et de ressentiment semée par ceux qui une fois au pouvoir prennent aux pauvres pour donner aux riches, les autistes pau pouvoir, il faut, même si c'est difficile, tracer une perspective à gauche en totale indépendance à l'égard de ce gouvernement. Sur cette base, nous sommes encore et toujours prêts à discuter avec qui le souhaiterait.
Pierre Vandevoorde
Une chose encore: il y avait bien 2500 votant-e-s au dernier congrès du NPA. C'est beaucoup moins que nous ne fûmes, certes, mais il s'agitlà de militant-e-s actifs, pas de simples membres dont l'activité se résume en gros à renouveler leur adhésion chaque année.

Jean-Charles Houel a dit…

L'amertume n'exclut pas la lucidité.

sophie ozanne a dit…

Effectivement le NPA cherche, à chaque fois que c'est possible, à réunir des militants et des sympathisants de différentes organisations et des personnes non encartées pour se mobiliser sur des sujets communs. Il en va ainsi pour la bataille contre la vidéo-surveillance et pour le retour
en régie publique des services délégués au privé, à Louviers, pour ne prendre que ces deux exemples. Nous nous retrouvons au coude à coude avec des militants du PCF, du PS d'EELV, du PG, sans aucune difficulté, et même nous cherchons toujours à construire cette unité. Mais....
Pour se présenter ensemble, sur une même liste à une élection municipale, il faut partager plus que quelques idées. Comment se
présenter devant les électeurs avec des militants qui soutiennent la
politique du gouvernement Hollande-Ayrault alors que nous la jugeons
dans la droite ligne de ce que faisait le gouvernement Sarkozy, et que nous la combattons ? Ce n'est pas possible. Ca s'appelle de la cohérence
politique.
Maintenant que ça complique les choses à Louviers, oui, c'est vrai. Bien sûr que nous aurions aimé partir avec d'autres sur une même liste, pour emporter la mairie, et y défendre un programme vraiment à gauche. Mais la réalité est différente et ce n'est pas de notre fait. Ce n'est pas nos amis politiques qui accordent tous les cadeaux aux patrons et qui
laissent Valls répandre ses propos indignes. Quant à l'éternel reproche qui nous est fait de fuir les responsabilités, je rappellerai qu'il suffit aux uns et aux autres de regarder un peu autour d'eux et de voir que les militants et militantes du NPA en assument des responsabilités. Si nous n'avons pas plus d'élus. C'est à cause de la loi électorale qui nous prive d'une part de notre représentativité. Il suffit aussi de voir ce qui se passe au conseil de Louviers pour constater que les élus du NPA n'ont jamais manqué de
courage pour faire face aux attaques incessantes, sarcasmes, railleries méprisantes du maire.
Des élus, oui, mais pas à n'importe quel prix. Si c'est pour faire comme EELV qui avalent toutes les couleuvres pour sauver la place de leurs deux ministres, non merci!
Alors, reconnais Jean Charles que tu veux nous faire porter un chapeau qui est passé de mode.

Jean-Charles Houel a dit…

Chère Sophie, j'ai trop d'estime pour toi pour polémiquer. J'ai exprimé mon sentiment. Il ne vise pas à faire porter un chapeau à quiconque.Il prend en compte une réalité politique. Le fait est qu'elle se traduit en termes mathématiques et électoraux. Le reste appartient à la liberté de chacun.

Gérard Morand a dit…

Jean-Charles,
Le hasard réserve parfois bien des surprises.Je prépare un énième ( et j'espère dernier) déménagement et je tombe sur une carte de voeux que j'ai adressée à la fin des années 80, au temps où j'accompagnai les dites cartes d'une citation soigneusement choisie. Cette année là, j'avais choisi Pablo Neruda.La voici:"Idéalisme et réalisme, je vous aime,Comme l'eau et la pierre
Vous êtes Parties du monde,
Lumiere et racine de l'arbre de la vie"Je la trouve toujours aussi belle.Je te suggere de proposer à Pierre Vandewoorde de la méditer. ..Bien amicalement,